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  • : Café psy
  • : Débats ouverts à tous, chaque 2ème et 4ème mercredi du mois, 20h, "Aux Délices Royales", 43 rue Saint Antoine, Paris 4ème, Mt Bastille ou St Paul
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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 15:24


La-volonte-copie-1.jpg

Le terme « volonté » relève d'une conception morale, moralisante, moralisatrice, du désir mis en acte. Il sera généralement employé pour désigner, chez l'autre, l'opiniâtreté conduisant à une action remarquable, ou son absence (manque de volonté), qui force, ou devrait forcer, l'admiration de l'observateur, trouvant écho dans son désir. A l'opposé, celui qui dans l'imaginaire de notre témoin aura fait preuve de volonté, n'usera que rarement pour lui-même dudit terme, à moins que celui-ci ne soit un signifiant particulièrement fort dans son échelle de valeur, sa morale. Par exemple, il sera bien rare de trouver un sportif de haut niveau pour définir sa persévérance comme étant la marque de sa volonté, mais parlant plus volontiers du plaisir à se dépasser soi-même dans l'effort. Pareillement, le toxicomane, qui dans un effort surhumain parviendra à sortir de sa dépendance, ne relèvera bien souvent, au mieux, qu'un reste d'instinct de survie, s'estimant comme seul mérite d'avoir pu le conserver malgré tout.


Ce dernier exemple, celui du toxicomane, nous permettra de mesurer l'importance de l'image de soi au regard de ce que l'on nomme communément la volonté. L'imaginaire, c'est à dire notre capacité à se représenter, à scénariser, notre image et celle de l'autre, sorte d'interface entre l'inconscient et le conscient, entre réel et réalité, est le registre à partir duquel nous interprétons qualitativement nos mouvements et autres actes considérés par nous-même comme révélateurs. Partant, si notre imaginaire ne nous permet pas de visualiser de nous une image suffisamment bonne, nous ne pourrons y associer de signifiants, de mots, ayant une trop forte connotation positive, tels la volonté, ou bien qu'il s'agisse d'une stratégie de défense, périlleuse, visant à redorer notre image. Au passage, notons le lien étroit entre imaginaire et surmoi, instance morale soumettant l'imaginaire à l'ordre symbolique, au langage. Or, une fois disséqués les motifs pour entrer en toxicomanie, nous pourrions réduire ceux-ci en une regrettable tentative d'auto-guérison visant justement à soulager le moi de l'image désastreuse que l'imaginaire fait peser sur lui. Il sera donc difficile pour le toxicomane, ou qui n'a pas une image de soi suffisamment bonne, de parler de volonté pour illustrer l'effort accompli, effort qui se sera alors imposé au delà de ce que l'on appelle communément volonté, juste une nécessité à laquelle on s'est plié, en l'occurrence survivre.


Quant à notre sportif de haut niveau, mais cela vaut aussi pour l'artiste, le philosophe, le scientifique, et toute personne qui concentre sa vie autour d'une pratique dont l'ambition est de progresser, toucher à une forme de vérité, tenter d'extraire de soi les moyens de rejoindre à son idéal, toujours en devenir, ce que Nietzsche appelle « la volonté de puissance », là encore, il sera difficile pour le sujet d'évoquer sa quête en terme de volonté. Ce que nous, vulgus pécum, admirons de ces grands hommes, de ces « surhommes » eût dit Nietzsche, lorsqu'on leur demande s'ils seraient prêts à échanger leur baril de lessive « Efforts » contre deux barils de « Confort », la réponse par la négative est unanime, même si certains avouent parfois lorgner sur l'économie substantielle qu'ils pourraient ainsi réaliser. Sauf, qu'à ne plus trifouiller dans les sombres, mais immaculés méandres de l'incertain, on se salit bien plus dans la fange du quotidien, jonché de certitudes et de compromis particulièrement salissant, et qu'il faut donc bien plus de lessive pour rester propre. Bref, que « Confort » frise l'arnaque en matière d'hygiène. Autrement dit, nous sommes déterminés par notre désir, en l'occurrence, de consentir au surcoût qu'implique l'hygiène tel que notre désir se la représente, mais encore faut-il en avoir les moyens, c'est à dire un désir qui ne soit pas trop contraint par la nécessité économique. L'idée de volonté est alors secondaire, soit on peut, soit on ne peut pas, et l'on en revient à l'image de soi, seul moyen d'apprécier si l'on est à la « hauteur » de notre désir.


Bien sur, pouvoir ou ne pas pouvoir relève d'une prise de décision, autrement dit d'un choix, et il n'est pas question d'amoindrir le mérite de qui sait ainsi renoncer à une certaine tranquillité au profit des risques de chutes et des efforts considérables qu'implique toute forme d'élévation. Cela étant, nous sommes donc face à deux désirs contradictoires, et qu'il s'agisse de céder à l'un ou à l'autre, ce que nous appelons volonté étant de se résoudre aux moyens de notre ambition, autrement dit, de céder à notre désir par le biais de l'effort, ce qui relativise déjà pas mal le terme volonté. Mais donc, si telle est notre volonté, encore faut-il avoir une image de soi nous laissant supposer que nous puissions acquérir l'expérience pour progresser en ces terres inconnues aux pentes si raides.


La volonté est donc soumise à notre désir et à l'image de soi, jusqu'à se confondre. Or, notre désir conscient est le fruit de notre désir inconscient, à savoir, des représentations que nous aurons intégrées du monde réel, qui, sous l'égide du principe de plaisir et de nos besoins, se manifesteront sous forme de pulsions. Toutefois, ces représentations inconscientes, à l'origine de notre désir conscient, nous sont en quelque sorte dictées par le désir de l'autre, formant notre personnalité par des mécanismes identificatoires, c'est à dire selon les représentations de l'autre. D'abord, au regard de nos principales figures d'attachement, puis, de notre groupe social d'appartenance, notre appréhension de ce dernier étant déjà conditionné par nos représentations antérieures, etc... Certes, notre histoire n'est pas écrite à l'avance, mais notre libre-arbitre, pris dans les contingences, ne pourra se déployer qu'à l'intérieur de ce cadre restreint, celui du désir de l'Autre, même s'il nous appartient d'en reculer les limites, à condition, évidemment, que de l'Autre ait favorisé de nous une image susceptible d'accomplir ce mouvement, voire qu'il soit nécessaire. Autrement dit, nous pourrions paraphraser Lacan par cette formule : notre volonté, c'est le désir de l'Autre.


Pour illustrer cela, Winnicott nous montre que pour conquérir son autonomie, acte volontaire s'il en est, l'enfant s'appuie sur le regard confiant de sa mère. Tout jeune, nous apprenons que la résolution de nos besoins, tant organiques que psychiques, passe par de l'extérieur à nous même, et qu'il nous appartient donc de commander à cet extérieur, l'idéal étant d'en acquérir la maitrise. Au début, par exemple, l'enfant apprendra peu à peu à moduler ses cris pour que maman comprenne la nature de son besoin, qu'il s'agisse de nourriture, d'affection, ou encore de soulager une douleur corporelle, c'est en quelque sorte le début de l'autonomie, bien qu'entièrement soumis au désir de l'autre. Le désir de maman, ou de qui en assume la fonction, répondant ou non à l'appel de son chérubin braillard, conditionne donc le sentiment de sécurité de l'enfant, sentiment sans lequel notre bambin ne pourra partir à la découverte du monde, c'est à dire d'accroitre son autonomie au travers de cette logique qu'il est plus efficace d'aller chercher l'objet que de l'appeler, y compris le désir de l'autre. Partant, l'enfant est soumis à cette double contrainte de la dépendance et de s'en extraire, d'un coté la sécurité, de l'autre l'inconnu, ses dangers et ses promesses, puits sans fond recélant tous les possibles, du pire au meilleur. Mais lorsque notre bambin commencera de s'éloigner de maman, incertain dans son mouvement, c'est dans le regard de cette dernière, chargé de confiance dans les capacités de son rejeton à s'approprier le monde et à s'éloigner d'elle, que notre bambin pourra trouver la force, la volonté, pour surmonter l'angoisse à quitter son port d'attache maternel, mais aussi les difficultés et les coups du sort que lui réserve l'inconnu vers lequel il se dirige. Autrement dit, c'est la lecture du désir de nos figures d'attachement qui déterminera pour grande partie les limites de notre volonté.


L'on pourrait aussi évoquer « le stade du miroir » selon Lacan, lorsque l'enfant s'y reconnaît, n'ayant d'autre moyen pour apprécier cette image dorénavant sienne que dans le regard plus ou moins aimant de qui l'accompagne dans cette découverte. Ou encore, la formation du surmoi, instance morale récupérée dans ce que l'on se représente des valeurs parentales, plutôt paternelles, chargée de contraindre nos désirs au regard de la réalité, etc... Quel que soit le stade de notre évolution, y compris adulte, nous voyons que celle-ci est soumise au désir de l'autre, ce qui nous appartient étant d'en résoudre les contradictions, quoique selon nos représentations, c'est à dire selon des schémas préétablis à nous. Notre espace de liberté n'est donc pas de nous inventer, mais d'assembler au gré des contingences des éléments préexistants, éléments délivrés par d'autres désirs, jusqu'à former (formater) le notre, la volonté n'ayant rien à voir dans cette histoire, sauf d'être une valeur appartenant au désir de l'autre, un peu comme l'honneur, ou ce genre de choses.


Pour revenir à nos sportifs de haut niveau, voici un court extrait de l'interview que le grand alpiniste Reinhold Messner accorda à la revue Psychothérapie im dialog (cliquez ici : link), où bien qu'ayant franchi les limite du concevable en matière d'effort et de persévérance, le mot volonté n'y apparaît qu'en illustration de ce qu'il nomme instinct de survie :


P. i. D. : Mais qu'est-ce qui vous pousse à recommencer sans cesse, à repartir pour de nouvelles expéditions ?

R. M. : J'ai une théorie personnelle à ce sujet. Nous, alpinistes, marcheurs de l'extrême, aux confins du possible, sommes soumis à un syndrome précis, celui de l'homme romantique, qui veut toujours revenir à la source du bonheur. (...)


En somme, il ne nous dit rien d'autre que l'impérieuse nécessité qu'il a de rejoindre à son idéal, idéal dont nous savons à présent qu'il s'enracine dans celui de l'Autre, quant bien même, donc, l'agencement nous en appartient, peu ou prou. La différence d'avec l'homme du commun, juste velléitaire, si peu romantique, car d'un désir trop modeste pour y engager sa vie, cette différence, donc, réside probablement dans celles de nos représentations que le mot bonheur cerne plus ou moins. Mais encore faut-il que le bonheur signifie quelque chose, que le désir de l'Autre ne nous en ait pas absout. Nous pourrions donc dire que la volonté est affaire de romantisme, à savoir, d'être prêt à payer le prix fort pour l'entretien de notre désir. Nous sommes donc devant ce paradoxe d'un mot dont l'usage érige la contrainte en tant que valeur, c'est à dire où le but, le bonheur, importe peu au regard des moyens employés, la volonté, alors même que tout mouvement est la conséquence d'un besoin irrésolu qui se manifeste sous forme de désir. Autrement dit, le mouvement, l'effort que sous tend le terme volonté, n'est pas le but, il est la conséquence, d'où l'emploi si rare du terme volonté par ceux qui en font réellement preuve, sachant pertinemment, ou intuitivement, que le moyen est au service du but, et non l'inverse. Toutefois, il me semble possible de relativiser ce propos si l'on considère que l'entretien des valeurs puisse être tout à la fois l'outil et le support pour atteindre à un but que des signifiants tels que bonheur, bien-être, jouissance, etc, ne peuvent circonscrire, bien qu'il s'agisse de cela.


Il me semble donc y avoir deux attitudes contradictoires face à la notion éminemment morale de volonté, mais seulement en apparence, car toujours empreintes d'un désir d'absolu, qu'on le nomme bonheur, ou autre, peu importe. Mais puisque notre désir est un assemblage singulier de désirs extérieurs, singulier car fruit d'une expérience contingente, nous aurons d'un coté celui qui aura déduit du désir de l'Autre que la jouissance s'arrache au mérite, pour ainsi dire dans la souffrance, ce sera l'homme moral, celui dont la notion de volonté constitue le terrain de jeu, pas du genre comique, puis, de l'autre coté, toujours puisé au désir de l'Autre, celui qui sait que le bonheur existe, mais qu'il lui appartient d'aller le chercher hors des sentiers battus, créant sa propre trace, avec pour seule condition de réussite que le chemin soit beau, quels que soient les efforts consentis.


Bien que ceci, pour fondé, soit fort subjectif, je crois devoir ajouter une troisième catégorie, à mon sens la plus répandue, quoi qu'au fond assez peu concernée par le sujet : celle de l'occasionnel, tantôt romantique, tantôt pragmatique, tantôt se ralliant à l'idée de volonté afin de consolider son sentiment d'appartenance à un groupe, ou société, se soutenant de quelconque ordre moral, et tantôt romantique, afin qu'exulte en lui un sentiment de liberté que l'on peut alors considérer comme une valeur parmi d'autres, mais chassant néanmoins la notion de volonté. En somme, le « retour à la source du bonheur » n'est pas son problème, ou si peu.


Pour finir, j'aimerais revenir à notre toxico, qu'il s'agisse d'un héroïnomane, d'un alcoolique, ou de quiconque se retrouve dépendant d'un psychotrope au final anxiogène, c'est pareil. Sans entrer dans le détail, il s'agira bien souvent d'une personne qui, enfant, n'aura pu intégrer son « objet transitionnel », c'est à dire la sécurité affective délivrée par la mère et symbolisée en son absence par ledit objet, le doudou. Notre toxico est donc un grand romantique en quête de la fameuse source du bonheur, au travers de quelconque substitut, en l'occurrence, d'un objet faisant office d'objet transitionnel, sans quoi l'angoisse ressurgit. Sauf que, n'ayant pu intégrer au moment opportun ce que Winnicott nomme sa « mère intérieure », notre toxico, ou toute personne qui n'a pu s'extraire de sa dépendance enfantine, et en quête du « bon » doudou, devra alors le renouveler sans cesse, ce que Joyce Mac Dougall nomme « l'objet transitoire », entrant ainsi dans une nouvelle forme de dépendance. La plupart de ceux qui en sont revenu, rattrapés par leur inévitable déchéance, s'opposent à la vision romantique du toxicomane, alors que beaucoup l'avaient chevillée à l'âme lorsqu'ils entrèrent en toxicomanie. Pour autant, à l'instar d'un Reinhold Messner, ils engagent leur destinée, au péril de leur vie, à la recherche de leur idéal, ce qui est le propre du romantisme, quant bien même leur produit de prédilection, la fameuse source, les détruit peu à peu. Or, pour survivre en milieu hostile, tel notre toxicomane, Reinhold Messner nous explique qu'il faut une volonté de tous les instants, même s'il n'emploie pas le terme, qu'en très haute montagne, lorsque la fatigue et l'oxygène raréfié ne permettent plus au cerveau d'analyser convenablement la situation, c'est alors l'instinct, au prix d'efforts surhumains, qui autorise la survie. En somme, Messner nous raconte le quotidien du toxicomane, c'est à dire une quête éperdue à la recherche du bonheur, dans la souffrance, où le moindre abandon peut signifier la mort du sujet. Ici, la volonté est mise en œuvre dans ce qu'elle a de plus archaïque et de plus farouche, à des années lumière des poncifs moraux. Il ne s'agit plus de se plier à un quelconque ordre moral, ce qui déjà pourrait s'opposer à l'idée de volonté, mais d'une histoire de soi à soi, peut-être le seul endroit où le désir de l'autre est absent. Il y a néanmoins une grande différence entre Messner et notre toxico, car si ce dernier commença sa route dans des paysages merveilleux, les paradis artificiels, il se retrouve tôt ou tard prisonnier de l'immonde, ce qui d'ailleurs ne s'oppose pas au romantisme, alors que pour Messner la route est de plus en plus belle, et qu'il demeure libre d'en choisir les pentes. Quoi qu'il en soit, on ne peut survivre en milieu hostile sans « volonté », laissant penser de ceux qui taxent le toxicomane de faiblesse, qu'ils se contentent du mot volonté lorsque ça les arrangent, dans un cadre bien précis, le leur, la volonté perdant ainsi toute portée ontologique.


Bref, la volonté en tant que concept moral, c'est à dire dans son acception courante, concerne bien plus la sociologie que la psychologie. Quant à la psychanalyse, elle ignore le mot.


GG




 

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Published by Café-psy
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Michel blachère 12/01/2010 11:56


CAFE PSY LES DEUXIEME ET QUATRIEME MERCREDI DU MOIS Gilles et moi avons décidé de vous proposer un second rendez-vous par mois. Il y aura donc deux débats mensuels que nous pourrons animer, Gilles
et moi, chacun avec son style personnel. Pour ma part, la forme d’animation que je propose est d’inspiration non directive, à l’exemple de Michel Lobrot. Débat qui donne à chacun une place centrale
dans le débat. Où chaque parole est l’expression unique de notre subjectivité. Notre particularité qui fait de nous des êtres rares sources de savoir unique, c’est ce savoir que je nous propose
d’explorer en le partageant. Comment : Avec quelques structures, pour un bon déroulement de la soirée. Première étape Choisir un thème, par vote après proposition des participants Puit le débat
Notre expérience de vie est plus riche que toutes les généralités du type « il », « ils », « on », « les gens », « les autres »…. Le respect de chacun est essentiel. Une parole juste est fragile.
Fragile à quoi ? Au jugement, à l’analyse, aux conseils, à la prétention de l’autre de nous savoir. Voilà quelques propositions de départ, elles ne sont là que pour faciliter notre débat. Je
souhaite vous recevoir les deuxième mercredi du mois, où nous serons chaleureusement accueillis au restaurant « Le Papille » . Michel B.