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  • : Café psy
  • : Débats ouverts à tous, chaque 2ème et 4ème mercredi du mois, 20h, "Aux Délices Royales", 43 rue Saint Antoine, Paris 4ème, Mt Bastille ou St Paul
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29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 17:25


Affiche-le-desir.jpg

Commençons par une définition de mots croisés : prototype du mot valise, en cinq lettres, dans lequel chacun peut ranger, de manière plus ou moins ordonnée, le matériel dont il aura besoin pour s'animer, et le rester. Ou encore, cette autre ci, empruntée à Laplanche et Pontalis : « (…) notion trop fondamentale pour pouvoir être cernée ». Quelques synonymes aussi, afin de nous aider à résoudre cette énigme pour ainsi dire sphinxéenne (Œdipe n'étant pas très loin) : envie, appétit (Spinoza), ambition, espoir, goût, démangeaison, pulsion, Eros, ça... pouvant être métonymie ou métaphore (1), n'en déplaise à Lacan, par exemple : « tu le sens mon … ! ». Une petite dernière, de définition, qui j'espère nous aidera à précipiter le sphinx dans le vide (nous permettant ainsi d'épouser maman Jocaste) : Thème de notre débat, autour duquel on peut dire à peu près tout et n'importe q  uoi, ce dont la philosophie ne s'est pas privée, mais qu'empreints d'un grand … de rigueur, que le scientifique pourra nous envier, notion que nous allons tenter de cerner au plus près. Ce fut aussi le thème d'un de nos précédents débat (lien ) : Le mystère du …


Oui, il s'agit du désir, de celui qui nous fit nous déplacer ce soir (mercredi 24 février 2010, 20h) pour en discuter, à même de déplacer les montagnes donc, jusqu'à cet intérêt devenu secondaire pour un débat parlant de ce qui nous agite corps et âme, alors que notre voisine, ou voisin, vient de chambouler l'âme en question, d'éveiller un désir, justement, que l'on pressent nettement plus gratifiant en terme de plaisir qu'un débat somme toute assez abstrait, et que la montagne se fait bien légère, pour ainsi dire gazeuse. Toutefois, n'étant pas un club de rencontre, mais poursuivant la plus noble ambition d'une élévation spirituelle, et non pas triviale, nous utiliserons notre voisine de bien plus grande manière, lui conférant le statut d'un matériel de laboratoire de haute technologie, outil de précision dont l'indéniable sensualité nous permettra d'analyser le lien entre désir et plaisir. Bien entendu, cela vaut aussi pour le voisin, bien que l'aspect bricoleur de ce dernier ne nous facilite pas le travail, mais bon, chacun son truc, l'essentiel étant que l'outil soit adapté à notre morphologie. Donc, comme il faut bien nommer les choses, nous sommes des êtres de parole, ce qui d'ailleurs ne facilite pas pour rejoindre au désir, nous appellerons ce lien, entre désir et plaisir, le manque. Autrement dit, ma voisine est désirable lorsque s'impose cette évidence qu'elle me manque, que les charmants signifiants qui ont attiré mon regard, et par là même happés mon âme,soient la promesse de ce que j'imagine d'un plaisir pour l'heure seulement supputable, c'est à dire selon mes représentations, clichés de ressentis archaïques engrangés dans mon inconscient.


On ne peut donc parler de désir sans évoquer le plaisir, le manque, nos représentations, l'inconscient, nos pulsions, nos symptômes, nos affects, tous cela pouvant se cristalliser, comme disait Stendhal, de par un processus complexe qu'un bon matériel de laboratoire, à même d'amener notre désir à bonne température donc, nous permettra peut-être d'observer. Toutefois, avant de poursuivre notre expérience, il convient d'y ajouter un élément, ou, selon la psychanalyse, de le soustraire, il s'agit du besoin. En effet, cette dernière insiste de bien distinguer désir et besoin, ce qui à mon sens relève de l'artifice sémantique, car si nous retournions dans notre labo et que nous observions le produit de notre cristallisation, et qu'en bons scientifiques nous nous efforcions d'oublier nos préjugés culturels, il devient alors évident que je ne désire pas simplement ma voisine, mais que j'en ai besoin pour résoudre mon désir, et, inversement, que la nécessité de résoudre mon besoin me la fait désirer. Disons que nous pourrions ranger le besoin au registre somatique, le corps, l'organique, et le désir au rayon psyché, l'esprit, l'âme, sauf qu'ils sont indissociables, l'esprit n'étant que de l'organique en mouvement, à moins de croire en une quelconque transcendance divine, et le corps inanimé s'il n'est mû par l'esprit. D'ailleurs, tout en continuant d'observer notre cristallisation, nous nous souviendrons de l'enseignement de John Bowlby, confirmé par Winnicott et bien d'autres, que l'amour, là ou s'instaure le désir, relève d'un besoin vital, que si le nourrisson n'en reçoit pas le minimum syndical, il meurt. Or, c'est ici que se gravent, dans un inconscient tout neuf, nos premières représentations, induisant par là même la forme des suivantes et de ce qui est gravable ou non. Par la suite, c'est de l'intrication du besoin et des « souvenirs » inconscients associés à sa résolution (représentations) que le besoin prendra forme, ce que nous appelons désir, donc avant tout un processus inconscient qui se manifestera sous forme de pulsion et de fantasme. Ainsi, lorsque je désire ma voisine, que j'en ai besoin, qu'elle me manque, c'est au regard inconscient de mes précédentes expériences en termes de résolution et de plaisir, à commencer par les plus archaïques, autant dire avec maman.


Mais cet amour de l'autre, dont je dépends pour résoudre mon besoin, est malheureusement soumis à son désir, et là... ça se complique, d'autant que les mots « désir , amour, manque, besoin », sont absolument interchangeables, et même, pourrions-nous y ajouter ceux de « demande et langage », mais là on risque de ne pas s'en sortir . Déjà, sachant intuitivement que mon désir s'organise dans les tréfonds impénétrables de mon âme désormais tourmentée par les sensuels signifiants que ma voisine arbore avec cette grâce singulière qui fait la différence entre le beau et le merveilleux, force sera de me rendre à l'évidence que si mon désir m'est inaccessible, il en va de même pour ce qui est de ma voisine, c'est à dire qu'elle-même n'a pas accès au fondement de son désir, où nous constaterons au passage et à nouveau que le désir peut être métaphore ou métonymie. Du coup, penser que je puisse atteindre audits fondements de ma voisine ne peut relever que d'un instant d'égarement consécutif à ce trop gros flux désirant qui submerge ma conscience à présent ravagée de désir. Autrement dit, ni elle, ni moi, n'avons accès à l'origine de notre désir, et à plus forte raison celui de l'autre. En somme, plus je manque et plus je désire, et plus je désire, plus je manque, de sorte que notre manque ne peut nous renvoyer que là où ça manque, et que si deux individus croisent leurs désirs, il s'agira simplement de deux manques s'ignorant l'un l'autre, qui par conséquent se cherchent au mauvais endroit, et c'est tant mieux puisque le désir s'alimente du manque. Lacan formule la chose ainsi : « L'amour (mot interchangeable donc, bien que Lacan ne soit pas d'accord avec ça), c'est donner ce que l'on a pas à quelqu'un qui n'en veut pas ».


De reprendre au début, nous voyons que notre accès à la vie est conditionné par le désir de l'autre. Winnicott illustrera cela par ce curieux aphorisme, quasi lacanien, c'est à dire qui de par son aspect provoquant interroge plus qu'il ne répond : « Cette chose qu'on appelle un nourrisson n'existe pas ». Autrement dit, pour que l'enfant « s'humanise », devienne sujet désirant, celui-ci ne peut advenir que s'il est couplé au désir de l'autre, généralement la mère. Or, c'est ici, dans cette métamorphose de l'être en sujet, que s'incrusteront nos premières représentations, celles de l'adéquation entre besoin, manque, désir, demande, et dont le produit se mesure en terme de plaisir. Par ailleurs, la réponse de la mère se révélant tôt ou tard imparfaite, et même de plus en plus à mesure que la dyade mère-enfant se fracture, l'enfant découvrira l'angoisse d'être soumis à un désir dorénavant étranger, auquel il ne peut que partiellement commander, et jusqu'à ce point culminant où la mère se révèlera femme, c'est à dire où son désir n'aura plus pour seul objet son enfant, mais aussi le père, ou de tout objet extérieur qui canalise un désir ne pouvant qu'échapper à notre bambin. Il y a donc dans le désir de l'autre, celui la même dont nous dépendons, une zone qui nous échappe, un trou, un objet insaisissable qui l'anime, un besoin, un manque, une demande, une aspiration au plaisir induite par des représentations dont nous ignorons tout. Ce « coté obscur de la force », c'est un Lacan épris de mathématiques, comme si ces dernières pouvaient nous protéger du langage, qui l'affublera du charmant petit nom d'objet a, pareillement au a privatif d'amoral par exemple.

 

Nous aurons donc à la base du sujet nos premières représentations, constituant le socle de notre expérience et soumises au désir de l'autre, puisque c'est de lui dont dépendra non seulement notre accès au plaisir, mais aussi notre survie. Puis, à mesure que s'élabore notre édifice, de nouvelles représentations à même de s'emboiter au précédentes viendront s'y ajouter, produits des contingences et des mécanismes identificatoires mis en œuvre pour surmonter lesdites contingences, sortes de modes d'emploi pour ce qui est de notre accès au monde, à notre image, au langage, au plaisir, et de quelle manière en jouer pour parvenir à une réalité satisfaisante, restant donc aliénée au désir de l'Autre, désir troué par le fameux objet a, autant dire par de l'inconscient. Partant, quelle que soit l'endroit d'où l'on gravit la montagne que nous sommes devenu, et qu'il est si difficile de déplacer, nous voyons que son agrégat, sa géologie, en est le désir de l'Autre, bien que ledit désir soit d'une matière pour le moins poreuse. Ainsi, tout notre édifice repose sur « l'interprétation » de désirs étrangers et troués, ceux de l'Autre. Or, on ne peut interpréter qu'à partir d'éléments connus, à partir de notre expérience, c'est à dire de nos représentations, et la boucle est bouclée, ce que le pédagogue exprime ainsi : on ne peut apprendre que ce que l'on sait déjà.

 

Evidemment, il y a quant même dans ce savoir, notre expérience, comme un sérieux trou, celui de l'indicible, celui de cet impénétrable réel au cœur du désir de l'Autre, l'objet a, ce même et différent que l'on « sait » en nous, « cet obscur objet du désir », et que pour accéder au savoir, à la source de vie, au bonheur, il nous faille pénétrer l'impénétrable, saisir l'insaisissable... bref, on n'est pas rendu. Ainsi, à ce constat qui fonde l'humanité, « lorsque l'homme sut qu'il savait » (Yves Coppens), et des question qui en découlèrent, qui suis-je, où vais-je, étoitéki, etc., s'imposât alors cette non-moins évidence : « je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien » (Socrate), mais que si je veux m'en sortir, tout simplement vivre, et quant même quelques petits plaisirs annexes, va falloir apprendre ! Sauf que, hors de toute métaphore ou métonymie rigolote, cela revient à dire qu'il va me falloir décoder, ou, plus exactement, encoder l'inconscient de l'Autre pour parvenir au mien, source de mes désirs conscients, et cela pour rejoindre à ce qui justement échappe au langage, l'authentique de mes nécessités. En somme, nous pourrions résumer la nature humaine, désirante, en cette quête improbable de l'objet a, « signifiant du désir » nous dit Lacan.

 

Bien sur, il est possible de formuler cela différemment, et probablement que le disciple lacanien, à qui j'emprunte son outillage, verrait à y redire. Mais pour qui intègre dans sa conception de l'homme un inconscient freudien (réservoir à pulsion), le désir du sujet est toujours corollaire du désir de l'autre ; ce peut être la Chose, chez Freud, ou encore, chez Winnicott, l'objet transitionnel, et je ne parle pas du complexe d'œdipe, etc... Quoi qu'il en soi, nous voyons toujours ce même désir de rejoindre au désir de l'autre, ambition démesurée et proprement humaine, qui intègre donc l'utopie dans notre nature. Aussi, lorsque j'entends les partisans de l'antique grec Epictète nous dire « d'apprendre à ne désirer que ce qui est en notre pouvoir », j'y vois une profonde contradiction d'avec notre nature, un au delà du principe de réalité, ledit principe étant d'ailleurs un produit de notre interprétation du désir de l'autre. D'autant que sans cette utopie chevillée à l'âme, l'humanité n'avancerait pas beaucoup, et la psychanalyse, si dérangeante à déshabiller ladite âme ambitieuse, n'aurait pas vu le jour, entre autres.

 

Mais revenons à notre laboratoire, où d'avoir bien observé la cristallisation en cours, nous savons à présent que notre besoin de Voisine est de pénétrer son désir pour résoudre notre manque et parvenir enfin au plaisir (c'est pas sale, c'est de la science). Reste le problème de la demande, où l'on voit qu'un langage rigoureux, bien qu'interchangeable, n'est pas très adapté pour atteindre au réel de notre nécessité. Si épris d'honnêteté, c'est à dire un peu fou, nous annoncions à notre voisine le résultat de notre recherche concernant la cristallisation qu'elle généra (démontré scientifiquement donc), cela risquerait de laisser penser qu'il s'agit là d'une métaphore, et pareillement si ce fut elle qui nous en fit part, concise : « je désire ton objet a ! ». Heureusement, la culture est passée par là, ce qui donne généralement cette métonymie comprise de tous : « Ça te dirait un p'tit resto, demain soir ? ». De là, si tout c'est bien passé, qu'après lui avoir dit « T'as d'beaux signifiants tu sais ! », d'avoir obtenu la réponse escomptée et nous retrouvant la phéromone en alerte dans ce charmant petit restaurant, Le Papille, 9 rue Godefroy Cavaignac, Mt Charonne, soudain désireux du fameux caviar d'aubergine, le commandant, comme enfant le sein de maman, alors s'offrira à nous, pour une sommes des plus modiques, l'opportunité de poursuivre les travaux commencer la veille en vue d'atteindre au cœur du désir, ou de comment dénicher l'objet a dans ce caviar d'aubergine servit avec la chaleur coutumière du patron ou de la patronne. C'est comme ça les scientifiques, ça ne s'arrête jamais. Donc, à suivre...

 

GG

 

 

(1)      Métaphore : Qui consiste à détourner un mot, ou groupe de mots, de leurs sens habituels. Par exemple : « le jour se lève », ou, « la nuit est tombée », ou encore, « la coupe est pleine ! » pour dire qu'il faut arrêter.

         

           Métonymie : Lorsque le tout désigne une partie, ou l'effet pour la cause. Par exemple, « je bois un verre » signifie que je bois le contenu du verre ; ou bien, « Paris s'éveille », alors que ce sont ses habitants. Mais c'est aussi lorsqu'un concept trouve un écho dans le désir de l'autre et forme alors un nouveau concept, bien que proche du premier. Ainsi, le terme désir, en tant que concept et pris dans une phrase, celle-ci devient métonymie, car chacun l'enveloppera d'autres mots-concepts trouvant à leur tour une place dans la chaine signifiante des désirs en présence. Par exemple, lorsque je dis « tu le sens mon désir !? », cela pourrait se traduire par « ressens-tu la passion que j'éprouve en ta présence ? », sauf, bien sur, s'il s'agit d'une métaphore triviale, mais vous l'aurez compris, ce n'est pas le genre de la maison.

 

 

 

 


 

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Published by Café-psy
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commentaires

elealisa 22/08/2014 15:15


Très jolie these : vous parlez de ce qu'est le vrai amour en fait ?