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24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 15:02

 

« Choisir, c'est renoncer » ; cette citation attribuée à André Gide signifie que toLe-choix.jpgut choix implique un jugement de valeur entre ce qui nous est plus ou moins bon, plus ou moins nécessaire, du moins en apparence, parce que nous avons tous éprouvé certains de nos choix comme n'étant pas toujours les plus judicieux. Si l'on ajoute à ça la faculté de nous créer des problèmes dont les fondements sont parfois assez obscurs, nous voyons que nous sommes constitués en tant que sujet par de la subjectivité mise en acte au travers de cet impératif de choisir pour avancer, c'est à dire d'analyser, puis de synthétiser, et même de créer différentes options pour parvenir à la résolution de nos désirs. Et là, déchirement, lorsque nos choix produisent des restes viables auxquels il nous faut renoncer, comme de laisser une part de notre désir sur le bas-coté, subjectivement. En somme, seule l'évidence, le non choix, est sensée nous protéger de ce que l'on pourrait entendre comme une sorte de renoncement de soi, laissant alors notre subjectivité travailler en sous-main, hors conscience, car parler de choix suppose évidement une décision, c'est à dire en conscience.

 

Choisir renvoie donc à la notion de subjectivité, où la culture du sujet, son désir, conditionne une décision parmi d'autres possibles, ces dernières étant peut-être tentantes, mais qu'il nous faut apprendre à sacrifier au profit de ce que nous estimons le meilleur choix, subjectivement donc. Pourtant, il nous arrive de croire en des choix objectifs, que l'on qualifiera alors de rationnels, histoire d'adoucir un peu le renoncement, comme si le désir à l'origine du choix, la culture, la morale, furent irrationnels, laissant penser que seule l'expérience, en tant qu'éprouvé de la réalité, nous donna les moyens de choisir en toute impartialité. Il y aurait donc, d'un coté, une façon de choisir que l'on pourrait dire mathématique, où l'on pose une équation avec des éléments connus et d'où émerge une solution qui s'impose en tant que produit logique d'une opération, comme par exemple de cocher savamment une case dans un questionnaire à choix multiples (QCM), puis, de l'autre coté, une manière de choisir intuitive, c'est à dire où certains éléments de l'opération font partie d'un savoir inconscient où fantasmes, résistances, pulsions, désir, sont aussi parties intégrantes dudit savoir, cette fois fondé sur notre éprouvé du réel, et dont le produit se résout de manière inconsciente. En somme, ce que l'on perçoit d'objectif ou de subjectif résulte de la connaissance ou non des causes qui déterminent nos choix.

 

Malgré tout, il me semble difficile d'associer choix et objectivité, du moins dans une perspective humaine, non mécanique, les machines ne produisant pas selon des choix subjectifs, quoi qu'éventuellement aléatoires, mais nullement fondés sur un savoir inconscient et néanmoins opérant. Si l'on reprend l'exemple du QCM, de deux choses l'une, ou je connais la réponse, ou je ne la connais pas, autrement dit, même si le questionnaire comporte par exemple quatre « choix » possibles, l'alternative se résume pour moi à deux entrées, je sais ou je ne sais pas. Si je sais, le choix éventuel consiste donc à estimer s'il est bon pour moi d'apporter ou non la bonne réponse, le choix ne concernant donc pas le QCM, mais celui de ma position face audit questionnaire. Par contre, si je ne sais pas, ou bien je m'en remet au hasard pour « choisir » à ma place, et il est donc difficile de parler de choix pour ce qui me concerne, ou bien j'essaie de répondre intuitivement en espérant que mon savoir inconscient soit plus fourni que mon savoir conscient, laissant à ma subjectivité le soin de choisir entre les options proposées. Puis, une fois le choix accompli, nous revenons à la première alternative, celle du « je sais », à la différence que le savoir est ici espéré, mais ne changeant pas les termes de l'alternative. En somme, le seul véritable choix concernant spécifiquement le problème qui m'est posé, celui de déterminer la bonne réponse, est lorsque je ne sais pas, que je ne suis pas sûr, que j'hésite, c'est pareil. Il n'y a donc pas de choix dans la certitude que sous-tend l'objectivité, mais une évidence vers laquelle je me dirigerais ou non, déplaçant ainsi le choix vers les termes d'une autre question, et ainsi de suite. Il n'y a donc de choix que subjectif, c'est à dire comprenant une zone d'incertitude, d'où la difficulté de renoncer à un éventuel meilleur, ou bien, s'il y a plusieurs choix possibles, de renoncer à du « pas mal quand même », en sorte que je crée moi-même la possibilité d'une satisfaction non résolue. D'ailleurs, peut-on parler de choix s'il n'y a rien à quoi renoncer ?

 

Reste que pour élaborer ma réponse face à un choix, il me faut analyser la question, décomposer le tout en ses parties, c'est à dire déterminer les termes de ma compréhension au regard de l'énoncé. Ici s'opère un premier choix en ce que j'ignore les causes des termes en question (le langage me préexiste, ce n'est pas moi qui l'ai inventé) et, pareillement, j'ignore consciemment les mécanismes de représentation associés aux dits termes (le signifié). De là, une fois que j'ai compris la question, recomposé les parties en un tout, une synthèse, subjectivement donc, je dois trouver le chemin, le raisonnement qui me conduira à ce que j'espère être la (les) solution(s), avec toujours la même zone d'incertitude quant au choix des termes balisant ledit chemin. En somme, répondre subjectivement, choisir ma voie, c'est remettre de la question à l'intérieur de la question, c'est être créatif. D'ailleurs, l'histoire de la pensée nous montre que les avancées de cette dernière s'effectuent lorsqu'on va chercher les questions non résolues qui présidèrent à l'élaboration des réponses apportées. Ainsi, puisqu'il est question de langage, une méthode simple d'analyse de la question est d'examiner l'étymologie des mots qui la compose et d'en saisir les nécessités d'articulation, de liaison. Nous qui fréquentons les cafés philo sommes coutumiers de cette pratique, mais, bien souvent, les réponses apportées de cette manière sont insatisfaisantes, car l'étymologie ne fait pas cas du sens actuel que le locuteur donne à sa proposition, ce qu'il entend par là, le signifié, alors que c'est justement dans le choix des termes de notre compréhension que nous parviendrons peut-être à établir un pont entre son signifié et le notre, en toute subjectivité, par le choix d'un autre chemin, et, avec un peu de chance, d'ouvrir aux questions non résolues de la proposition. En somme, parler et entendre, échanger, consiste déjà en des choix, c'est à dire à être créatif dans une zone d'incertitude.

 

Tout choix est donc au moins en partie subjectif et contient en lui une part de renoncement. Par ailleurs, notre subjectivité étant le produit de notre expérience, de notre histoire, de ce que nous avons engrangé de savoirs conscients et inconscients comme conditionnant notre lecture du monde, nous comprendrons par conséquent que notre passé soit la cause de notre interprétation du présent, même s'il pût en être autrement, un passé dont beaucoup échappe à notre conscience, mais dont le produit demeure opérant en tant que notre subjectivité. Ainsi se pose la question de notre libre arbitre quant à notre capacité de choisir et, peut-être surtout, de ce que nous sommes en mesure d'apercevoir, et même de créer, comme choix opportuns. Spinoza nous dit ainsi que les hommes se croient libres parce qu'ils ignorent les causes qui les déterminent. A l'appui de cela, nous savons par exemple que la structure psychique de l'individu s'établit durant l'enfance, limitant ainsi le champ des possibles en matière de modes relationnels, de nature de l'angoisse, de défenses que le moi établit contre cette dernière, etc... avec au final un registre de personnalités limité par ces causes qui donc nous contraignent dans nos choix. Cela étant, même si ledit registre est limité, il y a quand même autant de manière de s'adapter à une structure que d'individu s'y inscrivant. Mais même sans aller du coté de la personnalité en tant qu'émanation visible de la structure, tout le monde ne partageant pas ce point de vue, il suffit de songer comme cause de nos choix à nos conflits intérieurs entre principe de plaisir et principe de réalité. Or, chacun de nous, selon son degré d'évolution psycho-affective, n'entretient pas le même équilibre entre lesdits principes, celui de réalité ne devenant prépondérant, voire encombrant, que lors de la période œdipienne, par identification à la symbolique paternelle, mais beaucoup de personnes ne parviendront pas à ce stade (ce qui n'est pas une tare). Quant au principe de plaisir, s'il n'est pas, ou mal canalisé par celui de réalité, on en vient vite à heurter violemment ladite réalité, et à s'y faire mal. Bien entendu, tout ceci relève d'une dynamique inconsciente, produit d'un passé dont nous conservons la trace, voire l'empreinte, sous forme de représentations, c'est à dire de vestiges mnésiques inconscients investis affectivement, moteurs de nos fantasmes et de la partie désir de nos pulsions, par opposition à la partie besoin, purement organique (voir l'introduction au débat : Le désir  - Lien -, pouvant alors s'envisager comme la partie dynamique de notre subjectivité, origine de nos choix).

 

C'est donc la question de notre liberté qui est posée lorsqu'on parle de choix : sommes-nous libres, ou déterminés ? Aux extrêmes, nous aurions un fatalisme moderne (déterministe) représenté par Diderot, héritage du stoïcisme grec et, à l'autre bout, Descartes, pour qui « la liberté de notre volonté se connait sans preuve, par la seule expérience que nous en avons », ou encore Sartre, pour qui l'homme est condamné à être libre, n'étant rien d'autre que l'ensemble de ses actes, de son projet. Par ailleurs, l'homme dans sa nature étant partie de l'univers, la science moderne, avec la théorie du chaos ou le principe d'incertitude d'Heisenberg (comme quoi la vitesse et le déplacement des particules sont certes soumis à la nécessité, mais aussi au hasard), semble infirmer l'hypothèse de Laplace pour qui « nous devons envisager l’état présent de l’Univers comme l’effet de son état antérieur, et comme la cause de celui qui va suivre », c'est à dire d'un avenir calculable. Quant aux sciences humaines contemporaines, sociologie et psychanalyse, héritières de la philosophie, nous pourrions dire qu'elles en arrivent l'une et l'autre à cette même conclusion, qu'à la notion de déterminisme soit substituée celle d'influence, c'est à dire que nous soyons en mesure d'introduire dans nos choix des éléments contingents, déterminés mais pas nécessaires, ce qui finalement semble tomber sous le sens, à savoir que nous sommes influencés par notre passé, mais nullement déterminés par lui en un avenir tout tracé.

 

Dès leurs débuts, la sociologie et la psychanalyse s'emploieront à démontrer comment le sujet conscient, désirant, choisissant, est manipulé par un contexte dont il n'est pas la cause, et que ce soit Durkheim, pour qui l'individu est socialement déterminé, ou bien Freud, disant que le moi n'est pas maitre chez lui, tous s'accordent à reconnaître une certaine forme de déterminisme, mais laissant place au contingent, à ce qu'une chose arrive ou non... selon nos choix, parfois bien hasardeux. Ici, nous retrouvons Spinoza pour qui la liberté s'acquiert en quelque sorte par la connaissance des causes qui nous déterminent, où l'on est donc en mesure de choisir selon nos nécessités, et non sous l'effet d'une contrainte extérieure. Nous pourrions certes rétorquer que nos nécessités se déterminant sous la contrainte d'un environnement dont nous ne sommes pas la cause, que nos choix sont le produit d'une somme de contraintes extérieures, sauf, à considérer le sujet, l'agent, tout simplement l'individu, comme cause de la réalité, sa réalité, dont nous savons qu'elle n'est pas celle du voisin, et produisant donc des nécessités singulières. En somme, Spinoza nous invite à la psychanalyse, à l'introspection, à augmenter notre « puissance d'agir » par la pertinence de choix élaborés en connaissance de cause. Nous voilà donc revenu au début et la zone d'incertitude qu'implique le choix, car la connaissance de nos nécessités ne peut que se perdre dans la méconnaissance du désir de l'Autre, à lui-même inconnaissable : « le désir de l'homme, c'est le désir de l'Autre » (Lacan). Ainsi, nos nécessités nous étant toujours en partie étrangères, bien que constituant notre réalité, même nos choix les plus judicieux seront en tous les cas confrontés à ce reste inconnu auquel il est si difficile de renoncer. Bref, choisir, bien plus que renoncer, c'est perdre.

 

Choisir n'est donc pas une mince affaire, puisqu'il s'agit de notre capacité de renoncement, de nous résoudre à la perte, comme aux premiers temps de notre histoire, lorsque pour accéder à l'autonomie nous dûmes nous éloigner du giron maternel, renonçant peu à peu à cette sécurité au motif de ladite autonomie, nécessaire et nullement contrainte, par choix donc, premiers pas vers une libre nécessité. Mais choisir, c'est aussi faire confiance à notre subjectivité et, par conséquent, à l'image que l'on se fait de soi, c'est à dire d'avoir construit suffisamment de sécurité intérieure pour créer une réalité où l'on puisse se déplacer au gré de nos nécessités, et si possible en connaissance de cause. Selon Spinoza, c'est ainsi que nous accédons à « la joie » mettant en œuvre celles de nos passions qui nous grandissent. Ainsi, lorsque je suis au restaurant, avec mes kilos superflus, et que s'offre à moi de choisir entre des frites et des haricots verts pour accompagner mon plat, je n'accèderais à la joie spinoziste qu'en ayant vaincu mon désir de frites, en connaissance de cause et joyeux d'avoir rejoint à mes nécessités, grandi de mon effort et tout près au régime salvateur. Mais bon, c'est triste les haricots verts, le soir, au restaurant... et qu'il est dur de perdre des frites.

 

GG

 

Liens :

  - Puis-je être libre malgré le déterminisme ? - lien -

- Audio : L'inconscient, le déterminisme et la liberté ; par Serge Cottet : - lien -

 

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Published by Café-psy
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commentaires

Claudinou 20/06/2015 12:59

pas mal ,les citations! Bisous as tu bien digéré!? En tout cas le sandwich club âu crabe .tea and meat pàs mal....la prochaine fois ne l'oublie pas!