Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Café psy
  • : Débats ouverts à tous, chaque 2ème et 4ème mercredi du mois, 20h, "Aux Délices Royales", 43 rue Saint Antoine, Paris 4ème, Mt Bastille ou St Paul
  • Contact
26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 21:38

 

 

En tant qu'être social, parler de l'humain, c'est parler du lien, des Le lienfils invisibles qui nous lient les uns aux autres, à commencer par le langage, c'est-à-dire la culture, l'indispensable présence de l'Autre, de son histoire, de son désir, pour qu'advienne cet individu attaché de toute part : le sujet. Du coup, reconnaissant l'individu en question par le tissage des liens qui le soumettent au désir de l'Autre, il est alors tentant d'établir un lien, justement, avec notre thème précédent : le masochisme. Reste à savoir si notre sujet aime réellement ça, s'il trouve, ou espère de la jouissance par le fait même de son attachement, auquel cas, plus aucun doute, le sujet est masochiste ! Cela étant, nous avions vu qu'il y plusieurs formes de masochisme, allant du masochiste qui crée son bourreau, qui le manipule, qui définit lui-même la nature des liens qui le placeront dans une apparente position de soumission, jusqu'à la jouissance, mais aussi, le masochiste de circonstance, s'abandonnant aux fantasmes de son partenaire, généralement par amour, un sacré lien, si ce n'est un lien sacré. Là, force nous sera de constater que, dès le début, déjà tout petit, le sujet humain use de tous les moyens à sa portée pour renforcer les liens d'un attachement alors réciproque. Ainsi, qu'il s'agisse de l'enfant ou de sa mère, l'un et l'autre ont nécessité de jouir de cet attachement surpuissant qui le soumet au désir, là de sa progéniture, là de sa génitrice, insistant sur l'aspect éminemment nécessaire, vital même, de cet attachement à bien des égards masochiste. En effet, nous avons d'un coté une mère réveillée plusieurs fois par nuit, bien souvent exsangue de fatigue, cela pour que son marmot continue son travail d'usure du téton maternel, sans parler des couches malodorantes qu'il faut changer plusieurs fois par jours, les mains dans de la matière fécale dont on se demande comment un si petit corps peut en produire autant, plus des braillements à vriller les nerf de n'importe quel individu normalement constitué, etc... puis, de l'autre coté, notre bambin qui n'a rien demandé à personne, qui se retrouve là, soumis au bon vouloir maternel pour assurer sa survie, obligé de se déchirer les poumons pour en appeler audit bon vouloir, et de manière parfois bien aléatoire, contraint de quémander cette chaleur qui il y a peu encore l'enveloppait, avant que maman ne l'en expulse à grands cris et, pourquoi faire, je vous le demande, pour que nous soit révélé l'abjection du dehors, de la temporalité, de l'autre, et, au final, notre nature fragile d'être mortel. Evidemment, si la logique qu'imposa la situation fut respectée, c'est-à-dire l'éradication du problème, l'espèce humaine eut disparu avant même d'exister. Mais, la nature faisant bien les choses, comme chacun sait, elle inventa le lien, à grand renfort d'ocytocine (hormone de l'attachement), celui par lequel la mère et l'enfant jouissent de leur soumission au désir de l'autre : l'amour, un lien si bien conçu dans son absolu, que nous n'aurons de cesse d'essayer d'en résoudre le paradoxe notre vie durant, à savoir, reconstruire ces instants d'éternité pourtant soumis à l'usure du temps, jusqu'à inventer le poète, c'est dire ! Voilà, c'est ça le problème avec le lien, comme un vieux bout de chanvre il est soumis au climat, aux intempéries de la vie, au pourrissement et, pourtant, lorsque nous arrêtons d'en tisser, nous sommes malheureux... si c'est pas du masochisme ça !

 

Ici, j'ouvrirais une parenthèse au sujet de cet éternel oublié du lien lorsqu'il est question de ceux familiaux, surtout au début : le père. Aujourd'hui, en ces temps modernes où les femmes enfantantes peuvent difficilement se réduire au statut de mère, par contrainte ou par choix, les pères se voient appelés à la rescousse pour assumer eux aussi des fonctions jusqu'alors considérées maternelles, par conséquent dédiées aux femmes, alors que d'évidence la nature n'a pas doté l'homme de la même capacité à tisser du lien concernant la soumission nécessaire aux besoins de sa progéniture. Pourtant, nombre de pères, sans pour autant renoncer à leur virilité, assument avec grand plaisir (du moins en apparence) ces tâches qu'ils considèrent dorénavant non sans une certaine noblesse, et cela, quoi qu'un peu gauches, avec cette efficacité toute masculine de qui sait surmonter les adversités techniques du quotidien. Bref, l'homme moderne change une couche de façon tout aussi satisfaisante que l'ampoule de la cuisine, même si sa nature oublieuse lui fait parfois omettre de ranger l'outillage nécessaire aux dites réalisations. Reste alors de s'interroger quant à l'essence du lien qui soumet ainsi le père aux contraintes évoquées plus haut, mis à part l'usure du téton. Ici, ledit lien semble tissé d'une quantité de matériaux, avec au final une solidité fort proche de ce qu'on appelle par coutume l'instinct maternel, qui, rappelons-le, doit beaucoup à l'ocytocine, même si l'hormone en question n'est pas suffisante à tout expliquer. Bien entendu, et comme d'habitude lorsqu'il s'agit de lien, nous trouvons l'amour au premier rang de ces matériaux, l'amour que monsieur voue à la compagne dont le ventre assure la pérennité du clan, entre autre, comme en son temps la mère de monsieur, c'est beau ! Mais aussi, l'amour que monsieur se voue à lui-même par l'intermédiaire de la culture, sa culture, celle par laquelle un homme digne de ce nom, aujourd'hui, se doit par grandeur d'âme de soutenir sa compagne dans son difficile métier de femme devenue mère, un homme libéral et libéré qui peut se regarder fièrement dans son miroir, comme il y a longtemps maman le regarda, et sa femme à présent. N'oublions pas, quand même, l'amour que l'on doit à la chair de sa chair, gratuitement, juste d'être notre chair (sic). Et puis, toujours au rayon culture, ce que le terme parent implique d'abnégation, mais aussi de devoirs, quoi que ces derniers aient depuis pas mal de temps déjà comme une fâcheuse tendance d'être oubliés, les parents délaissant leur rôle d'éducateur (lien sadique ?) au profit d'une soumission soit disant assumée afin que leur moutard leur renvoie de cet amour qu'ils ont si chèrement extrait d'eux-même, laissant des enfants déstructurés, mais c'est une autre histoire, où l'on voit d'ailleurs que quelque soit notre utilisation du lien, masochiste ou sadique, la jouissance est bien difficile à atteindre.

 

Evidemment, il pourrait sembler curieux, voire provocateur, d'aborder ces histoires de lien par le biais du masochisme, d'autant que si nous aimons à nous laisser attacher, il est évident que d'attacher l'autre fait aussi parti de nos sports favoris, et cela, donc, dès la prime enfance. Nous serions donc tantôt masochistes, tantôt sadiques, des « pervers polymorphes » en somme, selon la formule freudienne. Certes, ceci pourrait sembler outré dans la mesure ou les liens en question n'ont pas de réalité concrète, un peu comme lorsqu'on parle de « castration » et de « phallus », quoique métaphores opérantes dans la réalité du sujet. D'ailleurs, et bien que lesdites métaphores relèvent du symbolique, l'enfant préverbal accède néanmoins à la métaphore du lien lorsqu'il crée cet objet paradoxal, puisque déjà existant, qu'est la première mouture de son objet transitionnel, généralement un bout de tissu symbolisant la présence maternelle, la sécurité dont l'enveloppe sa mère et à laquelle il ne souhaite que se soumettre. Sauf que, me direz-vous, ce lien symbolise tout autant la soumission maternelle aux désirs et besoins de l'enfant, une soumission pas toujours au rendez-vous, malheureusement, l'enfant cherchant alors à ficeler sa mère à son désir, avec punition à l'appui si cette dernière ne se soumet pas (stades sadique oral et sadique anal). Cela étant, l'ambition de notre bambin n'est pas encore (ça viendra plus tard) d'accéder à la jouissance par le saucissonnage maternel, il n'est pour l'heure question que d'un moyen, son désir étant au bas mot d'abaisser la tension générée par le manque consécutif de ses besoins non encore résolus et, au plus, de renouer avec l'homéostase intra-utérine, lorsque ladite gangue intra-maternelle consistait en cet océan de paix où n'existait pas encore le sujet, ni même l'être, à tel point que Freud ira jusqu'à parler de pulsion de mort pour évoquer ce désir d'un retour à l'état de non-désir, envisageant le but ultime de la vie comme de renouer à l'inorganique. Ainsi, nos débuts, forts prometteurs, n'useraient de sadisme que pour satisfaire nos pulsions de vie et de mort, au final pas si antagonistes que ça, et, bien entendu, en passant par l'absolu nécessité du lien, voire de la cage, dans lequel l'Autre nous enserre, et jusqu'à en jouir.

 

Mais si la comparaison de l'objet transitionnel avec un lien de nature sadique ou masochiste pourrait apparaitre légèrement excessive, Freud et Winnicott ont cependant mis en évidence cette propension toute enfantine pour les jeux dont l'objet principal est une ficelle, Freud avec le jeu de la bobine (-Lien-), et Winnicott à travers l'étude d'un garçon de sept ans (in Jeu et réalité) présentant des troubles en lien direct avec son goût immodéré pour les jeux de ficelle. Winnicott commencera ainsi ses observations : « La ficelle peut être considérée comme une extension de toutes les autres techniques de communication » et, plus loin, notant que la fonction de la ficelle soit susceptible d'évoluer, « passant de la communication au déni de la séparation », avec en l'occurrence les conséquences funestes que suppose le déni. Ici, l'enfant dont parle Winnicott, transformera à l'adolescence ses jeux symboliques en une addiction alcoolique, recréant ainsi en des « objets transitoires » (J Mac Dougall), sous forme de bouteilles, les liens que ses ficelles d'enfant furent incapables à tisser de manière stable. Et là encore, qu'il s'agisse de Freud ou de Winnicott, ils observeront des états très forts de plaisir et de déplaisir associés à l'usage de ce lien symbolique qu'est la ficelle en tant qu'instrument de soumission, qu'il s'agisse d'attacher l'autre, ou soi-même. Il est donc possible de voir là les prémisses de ce que nous appellerons plus tard masochisme et sadisme, sans pour autant nous laisser aller à parler de perversion, point trop n'en faut.

 

Mais comme nous le fait remarquer Winnicott, le lien est d'abord ce qui nous uni à l'autre, sorte de pont qu'emprunteront les protagonistes à fin de rencontre, de communication, de demande, et pas seulement un objet de jouissance où l'autre n'a de fonction que d'être le tiers nécessaire à la mise en valeur des fantasmes que nous projetterions non pas sur l'autre en question, encore mal attaché, mais sur le lien en tant qu'objet de soumission, de soi ou de l'autre. Certes, notre désir de rencontre, de créer ou de consolider le lien en tant qu'outil de communication, est toujours de répondre à des motifs personnels, quelle qu'en soit l'apparence, qu'il s'agisse de l'amoureux, de Mère Térésa, de Sade, ou de Sacher-Masoch. Finalement, en grandissant, nous apprenons juste que nous sommes irrémédiablement attaché à l'autre, perdant la saveur du lien en soi, de la ficelle, pour ne nous consacrer qu'à ses symboles : le langage et la chair. Somme toute, le sadique et le masochiste ne seraient que de grands enfants n'ayant pas bien saisi la finalité du lien, se contentant de quelques ficelles directement reliées à leur libido, en quelque sorte des fétichistes du lien. Et même, probablement pourrions-nous définir notre qualité d'être social au travers de notre compréhension du lien à des fins plus ou moins créatives, à même de choisir en connaissance de cause ceux de notre plus ou moins libre soumission, ce que nous appelons la culture, entendue comme « la tradition dont on hérite » (Winnicott), ou bien comme « la mémoire de l'intelligence des autres » (P. Rey). Mais ces liens, dont la finalité est malgré tout de nous unir à l'Autre, ne sont pas qu'objets de jouissance, ils nous sont vitaux, comme en témoigne cette expérience criminelle, voulue par Frédéric II de Hohenstaufen, afin de déterminer quelle serait la langue originelle de l‘être humain. Pour ce faire, quelques bébés furent isolés et privés de liens affectifs et symboliques, leurs besoins corporels, nourriture et soins, étant assurés de la manière la plus rigoureuse possible, en silence donc. Evidement, non seulement les bébés ne parlèrent jamais, mais se laissèrent dépérir, jusque mourir. Si la véracité de cette histoire demeure incertaine, nous sommes alors au XIIIème siècle, le psychanalyste René Spitz démontra dans les années cinquante, par le concept d'« hospitalisme », qu'une trop longue privation de liens affectifs chez le tout jeune enfant entraine une régression mentale associée à des troubles physiques pouvant, effectivement, aller jusqu'à la mort en cas de déprivation totale. Il convient donc d'insister sur l'absolue nécessité pour l'humain de tisser du lien, et cela dès le plus jeune âge. Bref, sans lien, nous n'existons pas.

 

Pour finir, tout en continuant à essayer d'observer ce qu'implique la notion de lien sous un angle un peu différent à l'habitude, telle la théorie de l'attachement par exemple, de John Bowlby (-Lien-), il me semble intéressant de se pencher quelques instants sur ces liens fort peu évoqués qui permettent de transformer nos processus psychiques primaires en une nouvelle dynamique dite secondaire. Ainsi, l'énergie pulsionnelle qui circule dans l'inconscient est dite primaire, c'est à dire totalement libre de contrainte, ignorant la contradiction et les jugements de valeur, circulant librement, visant à la seule décharge et que nous traduirons en terme de poussée, régie par ce que Freud a nommé « principe de plaisir ». Mais avec la formation progressive du moi, l'expérience nous oblige à adapter nos désirs en des compromis avec une réalité qu'il convient avant tout d'apprivoiser, c'est-à-dire de nous saisir des liens (vitaux) tendus par l'Autre afin d'enserrer le réel environnant en une réalité acceptable... négocier en somme. Et donc, pour négocier au plus juste avec un système qui nous préexiste, nous devons en connaître les lois (l'ordre symbolique) et les faire nôtres, sous peine de rejet. Pour ce faire, l'enfant usera de toute la panoplie de mécanismes identificatoires à sa portée, jusqu'à se parer des principes moraux qui lui semblent les plus en adéquation avec le réel environnant. Autrement dit, c'est des liens tissés avec son entourage que l'enfant construira sa réalité, une réalité que l'on pourrait ainsi dire liée. Il s'agit donc là du rapport que nous entretenons à l'extérieur, à ce qui n'est pas nous, mais sans perdre de vue que la finalité en est d'adapter nos pulsions (primaires) au monde environnant. Ainsi, de la même manière que notre moi lie le réel extérieur en ce qui devient notre réalité (secondaire), le moi s'efforcera d'accorder la pulsion (réelle, primaire) à ladite réalité, le terme consacré étant fort à propos de « lier » cette énergie primaire en des processus désirants dits secondaires, cette fois sous l'égide du « principe de réalité ». Le moi (système préconscient-conscient) a donc pour fonction de conjuguer le réel de nos pulsions au non moins réel extérieur, cela afin que les deux ne se percutent pas, nous occasionnant au passage quelques blessures tout autant réelles. Et donc, ces liens (symboliques) par lesquels notre moi saucissonne tout à la fois l'intérieur et l'extérieur afin de les accorder, laissant au passage s'en échapper l'informulable, « ce que le symbolique expulse en s'instaurant » (A. Vanier), ces liens, donc, sont ce que nous aurons conservé et malaxé, tissé, du discours de l'Autre. Autrement dit, nous en appelons à l'Autre pour lier le fondement du désir en nous, et d'espérer en jouir... si c'est pas du masochisme ça !

 

GG

Partager cet article

Repost 0
Published by Café-psy
commenter cet article

commentaires