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  • : Café psy
  • : Débats ouverts à tous, chaque 2ème et 4ème mercredi du mois, 20h, "Aux Délices Royales", 43 rue Saint Antoine, Paris 4ème, Mt Bastille ou St Paul
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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 23:24
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Contre tout ! Dès le début, l'extérieur s'impose à nous en tant que menace. Jusque là, tout baignait. A peu près tranquilles, pris dans le réel de notre jus placentaire, bien au chaud, nourris, logés, hors conscience, de quoi aurions nous à nous défendre ? Puis, tout bascule, l'air déchire nos poumons, la lumière, le froid, le bruit, il y a maintenant un avant et un après, nous entrons dans la temporalité et en découvrons par là même le terme, la fin, la mort, l'abject. Otto Rank a nommé cette violente rupture « le traumatisme de la naissance ». ici s'inaugure la peur, l'angoisse, et donc la nécessité de se protéger... comme on peut, avec les moyens du bord.


Par la suite, de l'antagonisme entre nos besoins et la réalité, besoins on ne peut plus naturels et réalité du manque, toute aussi bio, nous entrons dans la spirale du désir et de l'insatisfaction, jusqu'à accéder au langage, enracinant notre moi dans le symbolique, avec l'impératif de se protéger d'un réel dont la pratique nous a enseigné que si l'on peut en jouir, il est aussi la mort, la douleur, et quelques plaisirs annexes qu'il nous faut alors promouvoir afin de survivre à l'abjection.


Au tout début de l'existence, prénatale, il semble difficile de parler d'inconscient, du moins en tant que réservoir à pulsions, ces dernières ne se se résumant pas en une simple poussée exercée par l'instinct, mais visant à rétablir une situation antérieure de plaisir. Autrement dit, l'inconscient s'organise de par le manque, sous l'égide du principe de plaisir, ou de constance, qui vise à réduire les tensions consécutives à nos heurts avec un réel qui s'affirme de plus en plus extérieur à nous même. L'inconscient est donc cette zone de l'être qui en protège le réel, tant psychique que somatique, hors le temps, absolu en soi. Mais lorsqu'on parle de défenses, pour inconscientes qu'elles soient, il s'agit de mécanismes réactionnels mis en place par un moi précoce qui se différencie de l'inconscient sous la pression du monde extérieur, par une prise en compte progressive de l'objet dont l'existence se singularise sous l'effet d'une temporalité inadéquate à nos besoins et à nos désirs. Par exemple, le sein nourricier, ou son substitut, nous oblige à sa réalité dans le fait qu'il se trouve rarement là lorsqu'on ouvre la bouche pour s'en rassasier, mais qu'il demande bien souvent d'être appelé à corps et à cris pour s'offrir plus ou ou moins gracieusement à nos appétits, et d'ailleurs, même adulte... Bref, nous sommes forcés à ce constat que l'extérieur, pour parfois jouissif, non seulement ne nous délivre pas forcément l'extase attendue, voire plutôt rarement, mais peut aussi nous tuer : si le sein arrive trop tard, on meurt de faim et, plus tard, d'amour. Il y a donc nécessité, si j'ose dire, à prendre les choses en mains, à se protéger de l'angoisse générée par la menace de notre fin (faim).


Mélanie Klein sera la première à parler, chez le nourrisson, d'un moi précoce ayant d'emblée des relations de type objectal, c'est à dire où l'enfant commence d'intégrer que des objets lui sont extérieurs, qu'autour de lui il y a de l'autre, même si au début nous appelons cela des objets partiels, comme le sein donc, la mère n'étant pas encore reconnue comme objet total. Par ailleurs, selon Freud, l'angoisse est une réaction du moi face à la pulsion issue de l'inconscient (le ça), l'angoisse étant considérée comme un élément moteur pour la formation des défenses du moi, et autres symptômes. En somme, l'angoisse est la première défense du moi, ou la deuxième, la première pouvant être entendue comme un morcellement de l'être, celui-ci se scindant en le moi et le ça (l'inconscient) . D'autre part, si le nourrisson conserve de l'objet une trace mnésique investie affectivement, une représentation de l'objet tout à la fois source de plaisir et de frustration, ambivalent, tant que le moi ne peut refouler par souci de cohérence la pulsion associée à la bonne ou à la mauvaise part de l'objet, nous comprendrons que l'angoisse organisatrice du début soit celle de morcellement et, bien sur, les défenses misent en place pour s'en protéger, clivage, déni, identification projective, défenses identifiées par Mélanie Klein comme apparaissant de manière très précoce, et qui plus tard signeront les modes d'organisations psychotiques.


A l'autre bout d'une évolution dite normale, du moins en terme de structure, se trouve l'angoisse de castration et le conflit œdipien (vers 5, 6 ans), et donc les défenses de mode névrotique, en premier lieu desquelles se trouve le refoulement et toutes sortes de contre-investissements visant au maintien de la motion refoulée, la motion étant l'aspect dynamique de la pulsion. Et puis, entre ces deux structures, nous trouvons les états limites (borderline), aux prises avec une angoisse de perte d'objet, pris dans la dépendance, utilisant des défenses de mode psychotique, mais de manière sensiblement différente et sans perte de contact avec la réalité. Cela pour dire que si les défenses du moi sont un indicateur quant à la « structure » du sujet, il convient de les associer aux autres facteurs métapsychologiques, nature de l'angoisse, mode de relation objectal, etc, avant de se risquer à des conclusions pour le coup hâtives, d'autant qu'il n'est pas rare de voir des sujets de telle structure utiliser à un moment donné, et parfois de façon massive, des défenses d'un autre mode. Bergeret, d'ailleurs, ne cesse d'insister sur la nécessité de ne parler « que de défenses de « mode » psychotique ou névrotique sans anticiper inutilement sur l'authenticité de la structure sous-jacente des sujets qui risqueraient autrement de se voir répertoriés trop légèrement et de façon trop systématique, parfois bien pessimiste et sans appel. »


De revenir à la question qui nous intéresse, « défenses... contre quoi ? », nous pouvons à présent avancer que la réponse « contre tout ! », si elle concerne bien ce qui vient de l'extérieur, s'adresse tout autant à nos productions internes (motions pulsionnelles). A vrai dire, c'est pareil, l'extérieur n'ayant de réalité que dans l'interprétation que nous en faisons au regard des représentations que nous avons façonnées. Autrement dit, le dehors n'existe que si nous l'investissons émotionnellement, peu ou prou, ce que nous appelons la réalité. C'est l'histoire de la bande de Möbius de Lacan, une bande de papier avec laquelle nous formons une boucle, mais avant d'en relier les deux bouts, nous la tordons d'un demi tour, de sorte que si nous en suivons une surface avec le doigt, partant de l'extérieur de la bande nous revenons par l'intérieur. A l'origine, la bande a bien deux surfaces distinctes, mais une fois tordue elle n'en a plus qu'une, l'extérieur et l'intérieur se confondant en une seule surface, ce qui vaut aussi pour le conscient et l'inconscient.


En résumé, la formation de l'inconscient (le ça) est la réponse de l'être à de l'extérieur qui le met en danger ; sa fonction sera de maintenir l'être dans la jouissance de l'intemporalité primordiale, puis, de générer du plaisir au travers de pulsions mises en forme par la charge affective associée à ce qu'il aura intégré du dehors (représentations). L'inconscient est donc régit par le principe de plaisir, et de constance, l'énergie qui y circule est dite libre, sans entraves ; l'inconscient ne connait pas la contradiction. Le moi, quant à lui, est l'instance qui se chargera de la négociation avec le çà et avec l'extérieur, se renforçant peu à peu au travers de mécanismes identificatoires et visant à lier l'énergie pulsionnelle sous l'égide du principe de réalité, à commencer par une prise en compte de la temporalité. Le moi, au début, est donc tout aussi inconscient que le ça. Par la suite, avec l'acquisition du langage, se développera le système perception-conscience, la zone consciente devenant alors l'interface entre réel et réalité, de sorte que le langage, la pensée, constituent en soi une défense du moi.


C'est Anna Freud, la première, et pour longtemps la seule, qui donnera aux défenses du moi une place centrale dans l'abord de la psychopathologie (Le moi et les mécanismes de défense – 1936). Probablement à cause du conflit qui l'opposa à Mélanie Klein, cette dernière étant sans conteste l'un des auteurs majeurs de la psychanalyse, les mécanismes de défense du moi demeurent encore aujourd'hui comme quantité, sinon négligeable, mais pour ainsi dire vulgaire, le moi n'incarnant pas pour l'analyste moyen la même noblesse d'abord que le ça. Peut-être, alors, que les défenses du moi ne coïncident pas chez ledit analyste au principe de plaisir selon les représentations qui l'ont guidées vers sa pratique. Mais n'oublions pas cet aphorisme lacanien : « il n'y a de résistances que chez l'analyste ». Cela étant, il faut bien dire que la plupart des auteurs contemporains qui tentent de redorer le blason de nos mécanismes de défense ont la fâcheuse tendance d'un abord quelque peu « psychologisant », guérisseurs sur les bords, et sans y voir d'insulte, quasiment comportementaliste. Peut-être devrions-nous simplement entendre cette phrase d'Anna Freud au sujet de la position de l'analyste « qui devrait être équidistante du ça et du moi, de la surface et de la profondeur », d'autant que, selon Möbius, tout ça c'est pareil.


Il existe quantité de mécanismes de défense du moi, plus ou moins conscients, plus ou moins adaptatifs, ce dernier critère concernant bien moins la défense proprement dite que la souplesse avec laquelle elle est utilisée. Anna Freud en établira une liste de dix : le refoulement, la régression, la formation réactionnelle, l'isolation, l'annulation rétroactive, la projection, l'introjection, le retournement contre soi, la transformation en contraire (renversement), la sublimation. Valenstein en contera trente-neuf. Dans leur « Vocabulaire de la psychanalyse », Laplanche et Pontalis en décrirons quatorze, Bergeret vingt-cinq, etc... quant à Widlöcher : « Toutes nos conduites peuvent être considérées comme des mécanismes de défense ». Nous pourrions aussi ajouter le symptôme, le langage, tous nos affects conscients, la réalité, bref, nous ne sommes qu'un bloc de défenses, une forteresse... heureusement perméable. Par ailleurs, histoire d'ajouter à la confusion, un même mécanisme sera décrit sous différents termes selon les auteurs, par exemple « renversement » et « retournement », ou l'inverse, un même vocable désignera deux mécanismes sensiblement différents, comme « la forclusion », concept développé par Lacan, très proche chez Freud du « rejet », et qui serait à l'origine de la psychose, alors que pour Bergeret, tout aussi proche de Freud, la forclusion concernerait les états limites, ce que l'on retrouve aussi chez Joyce Mac Dougall, mais sans les nommer, tout ça se confondant allègrement, chez d'autres auteurs, avec « le déni ».


Mais pour finir en abordant un peu plus concrètement la chose, nous qui fréquentons plus ou moins assidument certains cafés philo, trainons ci et là dans quelques colloques et conférences, qui sommes branchés sur France Culture, qui ne pourrions nous endormir sans une petite gâterie sous la forme d'un écrit de haute volée, qui lorsque dans un état de fatigue abandonnique, nous résignant à la télé, ne gardons de considération que pour Arte, il me semble opportun d'évoquer un mécanisme de défense qui je crois concerne nombre d'entre nous et ne cesse de me réjouir : l'intellectualisation. Bien entendu, la qualité de la production de qui se défend de la sorte n'a pour finalité que d'être un rempart suffisamment efficace pour le sujet en proie à quelque agitation pulsionnelle qu'il espère ainsi maitriser. Autrement dit, qu'il s'agisse du philosophe ou du vulgus pécum, voire même très vulgus, l'intellectualisation est à l'usage de tous. Voici la définition qu'en donne Ionescu, Jacquet et Lhote dans leur ouvrage « Les mécanismes de défense - Amand Colin - 2007 » : « Recours à l'abstraction et à la généralisation face à une situation conflictuelle qui angoisserait trop le sujet s'il reconnaissait y être personnellement impliqué ». Plus globalement et métaphoriquement, il s'agit pour le sujet de se réfugier de la tempête émotionnelle dans le port des abstractions. Présenté ainsi, l'intellectualisation (proche de la rationalisation et de l'isolation) pourrait sembler un mécanisme pépère, souvent associé à la névrose obsessionnelle, alors même que la sublimation est généralement considérée comme le plus noble des mécanismes permettant au sujet de grandes productions. Toutefois, ne considérons pas le port des abstractions comme une rade sans danger, bien fréquentée, civilisée, les drapeaux noirs ornés d'une tête de mort qui flottent sur nombre de navires au mouillage témoignent de la dangerosité d'un lieu dont d'où l'on ne sort pas toujours indemne. Cela pour dire que si l'intellectualisation confine parfois au ridicule, penser n'est jamais sans danger, et qui s'y risque devrait toujours nous inciter au respect, même si cela nous permet parfois d'aiguiser cet autre mécanisme de défense, au dépend de notre penseur, grand ou petit : l'humour. Donc, camarade, soyons téméraire, courage, et à nos murailles en forme de concepts !


                                                                                                                                                                                          GG

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Published by Café-psy
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DURVAL 14/01/2010 21:25


Cher GG, l'idée n'est pas de s'extraire du temps, de la fabrication d'une histoire individuelle effectivement pratique pour la construction de son identité, mais de ne pas perdre de vue qu'il
s'agit là bien d'une représentation destinée à nous rassurer, voire nous consolider, nous apaiser, etc. Le problème c'est que nous n'arrivons plus à habiter l'espace, à être présent à ce qui se
passe, à la vie en somme qui vaut en chacun de ses instants (heureux ou malheureux!). Il ne faut pas jeter le temps mais il nous faut équilibrer notre être en récupérant un peu de ce carpe diem que
nous avons perdu.Ce vivre implique nécessairement un lâcher-prise comme pour se reposer de nos projections, nos planifications, nos désirs de performances, nos désirs tout court. Ce repos-là où on
est capable de laisser venir à nous sans demande et néanmoins nous enrichir.


geneviève 07/01/2010 19:47


Cher GG, j'ai trouvé ton article sur "les défenses" intéressant mais j'ai davantage apprécié tes réflexions strictement personnelles, à peine capables d'un recul plus que salutaire et eminemment
philosophique quand au crédit accordé aux paroles d'évangiles de ces notoriétés que sont des Freud, Lacan et autres grandes dames de la psychanalyse. J'ai bien aimé tout particulièrement ta
conclusion, son style...


Café-psy 09/01/2010 00:27



Chère Geneviève


 


Que dire, sinon que ton satisfecit me va droit au cœur.


 


Au cas où tu sois la Geneviève que je connais, que j'embrasse, tu auras certainement noté, outre le style, que de penser pouvoir s'absoudre de la temporalité (truc
plus ou moins bouddhiste) par laquelle nous nous constituons en tant que sujet, bien avant l'acquisition du langage, c'est à dire de parvenir à « éteindre » toute représentation d'un
extérieur à soi, cela supposerait donc de revenir à l'état fœtal, là où notre histoire n'était encore inscrite que dans le désir de l'Autre. Partant, nous serions devant ce paradoxe où le désir
de rejoindre à cet état, désir pourtant issu de nos représentations, soit justement d'éteindre ledit désir. Autrement dit, notre désir se défendrait de lui-même. Nous pourrions donc envisager
cette « pulsion de mort », y compris dans sa dimension mystique, comme la manifestation (le symptôme) d'une défense d'un moi qui souffre de lui-même. Il y a plein de moyens de se
réfugier de la tempête émotionnelle, mais ne serait-il pas plus judicieux d'essayer de négocier avec son moi, plutôt que de s'acharner à l'annihiler ? Travailler a l'estime de sa propre image,
les représentations que l'on en a, peut à mon sens conduire à des satisfactions et à une quiétude bien supérieure à tous les nirvanas, et en conscience. Bref, espérer s'absoudre de la temporalité
revient à vouloir détruire le sein nourricier, et autres...


 


En tous les cas, merci de ton commentaire


Amitiés


GG