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  • : Café psy
  • : Débats ouverts à tous, chaque 2ème et 4ème mercredi du mois, 20h, "Aux Délices Royales", 43 rue Saint Antoine, Paris 4ème, Mt Bastille ou St Paul
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17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 15:15

Un peu comme s'agissant des trois couleurs primaires, à partir desquelles se compose l'ensemble de la palette, créant toutes les valeurs et nuances visibles, et autres, il existerait pareillement des émotions de base, de cinq à neuf selon les auteurs, qui, de leur mélange, permettrait que s'élabore l'ensemble de nos émotions, des plus criardes aux plus vaporeuses. La classification généralement utilisée est celle d'Ekman, en fait celle de Darwin : joie, tristesse, dégout, peur, colère, surprise, mais quelle que soit la liste retenue, la peur y a toujours sa place.


A l'instar de chaque émotion de base, la peur est indicible et universelle, émanant du plus profond de l'être, quels que soit la culture et le langage dont le sujet tentera de l'envelopper. Ainsi, l'expression que la peur imprime sur le visage d'un individu, d'où qu'il vienne, est bien plus parlante que tous les discours qui en éradique alors l'incommensurable profondeur. L'émotion se vit et se communique hors langage, même si celui-ci peut être l'amorce pour y accéder. Bien sûr, un auteur peut nous communiquer sa peur au travers de ses écrits, les mots étant là pour nous guider dans l'entre les lignes de son émoi, nous plongeant alors dans l'universalité d'un sentiment connu de tous, mais auquel nous associons nos propres représentations, le talent du littérateur étant justement d'universaliser les siennes (de représentations), de nous renvoyer à l'innommable en nous, vers l'archaïsme de notre émoi.


Les animaux communiquent leurs émotions aux travers de postures ou de mimiques signifiantes, ce qui vaut aussi pour nous, animaux parmi les animaux. Dire « j'ai peur » sans y associer de signaux adéquats (sans mettre le point d'exclamation) ne peut prendre sens si l'attitude et l'intonation ne sont là pour confirmer la parole. Ici, me vient l'exemple d'une petite fille d'environ sept ans, débutante en escalade, qui, suspendue à sa corde à cinq ou six mètres du sol, se retourne vers la personne qui l'assure, à l'autre bout de la corde, et lui dit d'une voix charmante, en gentille petite fille qu'elle est sans aucun doute, essayant de jouer de son indéniable pouvoir de séduction, sourire à l'appui : « j'ai peur, je voudrais descendre ». En bon pédagogue, si nous savons qu'il y a des limites qu'il ne faut pas forcer, il en est d'autres qu'il convient d'aider à franchir, qu'il y a peur et peur, et que celle là semblait facilement surmontable vu que la gamine n'avait pas franchement l'air terrorisée, mais plutôt dans une impasse dont la sortie semblait à sa portée. Du coup, bernique cocotte ! un peu de réassurance, deux trois conseils, et la difficulté sera franchie. Elle reprend donc sa position face à la paroi, tente la concentration, puis, se retourne à nouveau, « j'ai peur, je voudrais descendre », mais sans le sourire, d'un ton dont l'inquiétude commençait d'être perceptible. Flottement... « regarde, à droite, il y a une grosse prise ! ». Alors, sur son visage apparu une authentique expression de peur, rien de bien terrible, mais suffisante pour que nous éprouvions son rapport au vide, en fait le notre. Elle fut donc redescendue et félicitée de ce qui pour elle était une authentique performance. En somme, pour communiquer le réel de sa peur, indicible, susciter l'empathie de qui pouvait lui venir en aide, elle dut pour partie renoncer à la prévalence du code langagier, civilisé, et avoir recours à un comportement animal, instinctuel, où le signifié du message se lit ailleurs que dans le mot, dans une attitude que n'importe quel mammifère adopte instinctivement afin de communiquer avec ses congénères.


Pour Darwin, déjà, l'expression des émotions, notamment la peur, consiste en un outil de communication sélectionné par l'évolution et commun aux mammifères. De là, il nous est tout à fait possible d'envisager que les émotions de bases sus-mentionnées ne soient pas l'apanage de l'Homme, mais procèdent d'un fond commun que nous partagerions avec notre genre d'appartenance, les mammifères, chacun composant sa palette selon ses occurrences évolutives. De sorte que l'anthropomorphisme trouverait une certaine justification dans ce qui serait alors du « mammifèromorphisme ». D'ailleurs, si un chien reconnaît la peur d'un humain, ce qui parait-il est dangereux, il ne nous viendrait pas à l'esprit de lui reprocher son « canimorphisme ». Donc, de même que nos cousins, la peur nous est nécessaire pour l'adaptation au milieu, favorisant l'expérience, nous permettant de mieux mémoriser les dangers afin de nous mettre en alerte face à ceux-ci. Nous parlerons donc de peur lorsque nous sommes en mesure de nous représenter la menace, avec néanmoins quelques nuances de taille, de la vague suspicion teintée d'une légère appréhension, jusqu'à la terreur, l'effroi, ou la panique. Mais il est aussi des peurs dites sans objet, diffuses, tel le stress, que nous nommerons alors angoisse.


Pour Freud, à partir de 1926, il existe deux sortes d'angoisses, l'angoisse automatique et le signal d'angoisse. La première serait une réponse organique à un afflux d'excitation que le psychisme ne pourrait ramener à un niveau acceptable, elle s'inaugurerait dans ce que Otto Rank a nommé le traumatisme de la naissance, en somme, la première expérience de mort, ce qui d'ailleurs n'exclut pas qu'elle fut antérieure à la naissance. En tous les cas, parler ici d'archaïsme n'est pas surfait. Quant au signal d'angoisse, il ne serait plus une réponse organique, mais une défense du moi face à un danger, interne ou externe, réel ou supposé, actuel ou pressenti, qui nous renverrait à l'expérience passive de l'angoisse automatique. Nous retrouvons là, comme dans la pulsion, l'imbrication du psychique et du somatique, et même, oserais-je le dire, de l'instinct et de l'inconscient, du besoin et du désir, et que toute angoisse trouve sa source aux origines de l'être, dans la confrontation de celui-ci à sa propre fin. En somme, toute angoisse est angoisse de mort, quel que soit sa forme... ça fait peur !


Toutefois, il me semble nécessaire de relativiser cette affirmation, devenue lieu commun, que l'angoisse est sans objet, car pour éprouver la peur, même diffuse, cela suppose donc une expérience antérieure de déplaisir dont nous redoutons qu'elle se réactualise. Autrement dit, nous avons gardé trace de l'effraction du réel en une douleur qui malgré les emplâtres que nous y appliquons demeure vive. Or, lorsque ce réel douloureux reste en l'état, coincé en nous, indicible, que nous ne parvenons pas à trouver les mots qui l'intègrerait à notre réalité sous la forme d'une représentation plus ou moins consciente, au moins imaginaire, cela ne signifie pas que l'objet de notre peur n'existe pas, mais qu'il ne peut franchir les barrières qui protègent le conscient de l'innommable. Il convient donc de préciser que l'angoisse n'est pas sans objet, mais sans objet conscient, ce qui signe le traumatisme, où la douleur ne parvient pas à se digérer dans le symbolique.


Lacan va plus loin. Pour lui, non seulement l'angoisse n'est pas sans objet, mais proviendrait en quelque sorte du manque de manque. Pour que notre désir s'articule, prenne forme, celui-ci ne peut s'élaborer, se construire, que sur le terrain laissé vacant par le désir de l'autre, là où ça manque. Or, selon Lacan, l'objet du manque réside justement dans cette zone inconnue, libre à notre désir, qui est cause du désir de l'autre, et le nomme objet (petit) a, qui est par conséquent, aussi, la cause de notre désir, de notre quête. En somme, supprimons l'inconnu autour duquel se structure le désir de l'autre, l'objet a, remplaçons le par un pressentiment en forme d'évidence, alors, surgira l'angoisse, la peur d'une inquiétante certitude.


Pour illustrer cela, nous pouvons reprendre l'exemple de la petite grimpeuse suspendue à la corde, au fil du désir de l'autre, celui de l'éducateur, de l'enseignant, en l'occurrence d'un grimpeur chevronné désireux de transmettre son savoir, sa pratique. Il reste néanmoins que l'origine du désir de cet homme qui se voudrait tel l'homme araignée, Spiderman, grimpant le long des murs de notre ville, et jusque à la montagne, que le désir de ce dingue, donc, nous demeure inconnu. Est-il proche de celui de maman, pourtant raisonnable, qui elle aussi libère à son gré, peu à peu, le fil qui nous maintient dans cette douce, tout autant qu'oppressante dépendance, cela afin de nous laisser en confiance conquérir les parois du monde, certes dangereux, mais qu'elle nous indique regorger de plaisirs, comme celui qui présida à notre venue ? Notons, toutefois, que maman sait très bien tirer sur le fil en question lorsqu'il est l'heure de se laver les dents (le jeu de la bobine version maman). Ou bien, ce type qui tient la corde, là, quelques mètres plus bas, est-il animé d'un désir du genre paternel, plus technique, procédurier, qui nous enseigne les lois par lesquelles contourner la force de gravité qui jusqu'à présent nous maintenait au sol, au pied de la paroi, alors que c'est en nous élevant, en nous éloignant de maman, que dans son idéal nous rejoindrons à la félicité ? Pourtant, lui, il la colle de bien près maman. En somme, notre petite fille, nous même, sommes suspendus à l'idéal de l'Autre, un idéal que nous ne pouvons que supputer, celui de Spiderman et de sa femme, et sur lequel nous construisons le notre. Mais après-tout, suis-je sûr que les araignées, en cas de petit creux, ne dévorent pas leurs enfants ? C'est ici, lorsqu'à ce genre de question s'impose la certitude du mal, de la douleur, de la mort, que surgit l'angoisse, lorsque nous parvenons à combler le trou, l'inconnu dans le désir de l'autre. J'ajouterais que le bien ne peut combler ledit trou, qu'il subsiste toujours une certaine ambivalence entre le bien et le mal, entre l'amour et la haine, et que même Dieu possède la foudre pour nous détruire. Seul de la certitude du mal est absent le doute, et que l'évidence du bien n'existe pas. N'oublions pas, comme nous le révéla le traumatisme de la naissance, ou autre, il en est suffisamment pour faire son choix, que la vie, si belle soit-elle, finit toujours mal... ça fait peur !


A nouveau, face à l'éventualité de notre fin, nous retrouvons l'imbrication, chargée d'ambivalence, du psychique et du somatique, entre la certitude organique de notre mort, éprouvée dans notre chair, et l'évidence de notre éternité, soutenue par un inconscient qui ignore la temporalité, ce qui laisse pas mal de place à la peur. C'est d'ailleurs dans l'espace intermédiaire entre ces deux tranches de réel que naitra le doute salvateur et transposé entre soi et l'extérieur, entre la matière et cette autre production du réel que l'on transforme alors en notre réalité. Bref, notre petite fille a peur lorsqu'elle se représente sa chute, mais sera submergée par l'angoisse si s'impose en elle la certitude du funeste désir de qui tient l'autre bout de la corde, la renvoyant ainsi, comme le soutient Freud, à l'angoisse automatique, celle de l'éprouvé organique et archaïque de notre mort. On peut donc dire que l'angoisse nait du réel, de la mort, de l'altérité, de la douleur, en ce qu'il est informulable, mais qu'heureusement il y a l'amour, ça repose, malgré un ou deux doutes.


Comme nous l'a montré Darwin, nous avons vu que la peur est en quelque sorte un accélérateur d'expérience, que l'éprouvé de la douleur s'inscrit en nous afin de nous placer en alerte lorsque nous nous voyons confronté à une situation susceptible de nous la faire ressentir à nouveau. Il en va de même pour l'angoisse, à cette nuance près, qu'ici, c'est la douleur qui se ravive, que la plaie n'est pas refermée. Nous ne somme pas dans le souvenir, mais dans l'actualité d'une douleur que le moi s'efforce de masquer, rejoignant ainsi la conception freudienne de l'angoisse en tant que défense, à l'instar de tout symptôme. Pour autant, il s'agit bien de peur, mais de celle que l'agent responsable du mal ne finisse le travail, jusqu'à l'ultime déchirure de l'être. Cela, d'ailleurs, ne s'oppose pas à la vision lacanienne de l'agent fautif en tant qu'objet a, car si l'on reprend l'hypothèse du traumatisme de la naissance comme inaugural de l'angoisse, force nous sera de reconnaître que nous le devons au désir de la mère qui, en nous donnant la vie, nous donne aussi la mort, qu'il s'agit donc là d'un désir pour le moins suspect et qu'il est plus prudent de laisser en l'état. Mieux vaut les doutes dont s'accommode fort bien son amour. Pour autant, l'angoisse n'est pas qu'un simple accélérateur d'expérience, elle est aussi la peur autour de laquelle se structure le sujet. Sans entrer dans le détail, peut-être une autre fois si nous parlons plus spécifiquement de l'angoisse, il serait chez Freud, et de manière encore plus explicite chez Lacan, qui tous deux ont construit leur pensée sur le modèle névrotique, il serait une angoisse universelle, dite de castration, symbolique s'entend. Précisons que cette peur ne concerne pas l'amputation du pénis, mais l'organe symbolique qu'est le phallus, dont on peut grossièrement dire qu'il est l'incarnation de la puissance souveraine, et qu'il concerne donc aussi bien les hommes que les femmes. Toutefois, je me rallierais à cette vision plus contemporaine, soutenue par Bergeret, de trois grands types d'angoisses : l'angoisse de castration, concernant donc les structures névrotiques ; l'angoisse de morcellement, pour les structures psychotiques ; l'angoisse de perte d'objet (d'abandon), pour les organisations limites de la personnalité. Ces angoisses, donc, au delà de l'accélérateur d'expérience, en seront plus précisément le correcteur, au sens de nous la rendre lisible (l'expérience).


Mais il n'est pas possible de finir l'introduction d'un sujet sur la peur sans dire quelques mots des phobies. Il s'agit de peurs irrationnelles face à un objet ou une situation qui, justement, active le signal d'angoisse. La panique qui s'empare du sujet renvoie alors à la réponse automatique qui suscita l'angoisse originelle. Les différents étages de censure de l'appareil psychique étant passés par là, l'objet phobique consiste en un écran qui, tout à la fois, masque et incarne l'origine de l'angoisse. Il a donc une grande valeur symbolique qu'il convient d'élucider.


En fait, la peur organise notre réalité, de l'angoisse par laquelle nous nous structurons, jusqu'à la dialectique interne et permanente entre principe de plaisir et principe de réalité, formatant nos défenses et autres symptômes, l'impensable, au gré des contingences, entre ces deux émotions de base que sont la peur et la joie. Ajoutons à ce tableau la peur en tant que formidable outil de manipulation, aussi bien des foules que des individus, et peut-être aurons-nous la joie de pouvoir ainsi relativiser nos petites et grosses lâchetés... ça fait peur !


GG

 


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Published by Café-psy
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commentaires

ARTUCHKINE 21/02/2010 15:30


Vos articles gagneraient à être considérablement raccourcis si vous désirez être lu. La lecture sur écran n'est pas celle sur papier... et puis vous vous rèpétez...


Café-psy 22/02/2010 19:27