Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Café psy
  • : Débats ouverts à tous, chaque 2ème et 4ème mercredi du mois, 20h, "Aux Délices Royales", 43 rue Saint Antoine, Paris 4ème, Mt Bastille ou St Paul
  • Contact
25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 23:42


Déjà, tenter de définir le pathologique n'est pas une mince affaire. Quant au normal... c'est pire. Mais, surtout, d'associer les deux suppose d'en délimiter la frontière, où l'on se heurte à ce constat que le pathologique peut être normal et que le normal peut être pathologique. De plus, les deux cohabitent plutôt facilement. Quant à espérer se simplifier la tâche en cantonnant nos définitions dans un champ déterminé, somatique ou psychique, l'on est vite rattrapé par l'imbrication des deux. Si nous prenons la maladie en général comme modèle du pathologique, ce à quoi chacun est confronté au cours de son existence, sortir du silence des organes dirait Kant, nous constatons que ladite sortie, en tant qu'inhérente de la condition humaine, est on ne peut plus normale. Personne n'échappe à la maladie. Autrement dit, il est normal d'être malade, et que le pathologique fasse donc partie de la normalité. Dans un autre registre, si la norme, donc le normal, émane de la pathologie de son prescripteur, de s'y conformer revient à se glisser dans ladite pathologie. En d'autre terme, si la société est malade, l'individu socialement adapté, dit normal, est lui aussi malade, et puis c'est très contagieux.

 

Ceux qui jusque alors se sont risqués, avec grand courage, à tenter de définir le normal et le pathologique, de Canguilhem à Bergeret, s'ils nous en permettent une meilleure compréhension, de plus en plus fine, se heurtent me semble-t-il à cette volonté d'opposer les deux termes, et aux paradoxes que cela engendre. Or, toute la difficulté de notre sujet est précisément dans cette manière de formuler, "du normal au pathologique", qui suppose un glissement de l'un vers l'autre, mais pas que les deux puissent cohabiter. Je rappelle à toutes fins utiles que, selon Déproges, le terme "cohabite" est aussi le cris d'amour du crapaud, cela nous évitant une recherche étymologique fastidieuse et bien moins parlante. Donc, avant d'envisager la "cohabitation" du normal et du pathologique, voyons ce que l'on peut entendre de chacun en leurs extrêmes. Bien que cela soit éminemment discutable, comprenons par pathologique ce qui invite à la morbidité, qui tend à la destruction du vivant, en soi et en l'autre, c'est le royaume de Thanatos. Quant au normal, c'est celui d'Eros, bonheur, confort et jouissance à tous les étages, ou de tendre vers, créativement bien sur, ce qui n'exclut pas l'accident, la contingence malheureuse... le normal n'est pas une sinécure. Mais notre sujet n'est pas la rencontre de nos deux protagonistes, Eros et Thanatos, en n'importe quel lieu, mais sur un terrain aux frontières tout aussi floues et étendues que celles des royaumes précités, celui de la sexualité, c'est-à-dire au plus intime, là où justement cohabitent nos deux héros. En somme, nous voila devant un sujet quasiment impossible à traiter. Je me demande d'ailleurs si de proposer une telle formulation ne relèverait pas d'une certaine perversion... et de s'interroger si la chose est bien normale ? Toutefois, je conçois volontiers que de se laisser guider aux détours obscurs de nos âmes tourmentées puisse être un voyage surprenant, voire de quelque attrait. Peut-être même est-il possible de trouver là l'origine de la psychanalyse. Aussi, continuons !

 

Toujours dans les extrêmes, concevoir une sexualité pathologique n'est pas difficile. Si par exemple je dois égorger ma partenaire avant de lui faire l'amour, puis, la découper en rondelles pour la manger après cuisson, en ayant pris soin d'aïller préalablement les gigots, on peut être monstre et néanmoins gourmet, nous pouvons dire sans grand risque d'erreur que ma sexualité relève du pathologique. Mais qu'en est-il si, dans une relation dite normale, pour parvenir à l'orgasme, je suis obligé d'imaginer ce moment où la pointe de mon couteau pénètre la cuisse de mon élue afin d'y glisser une gousse d'ail ? Cela, évidemment, pendant qu'elle-même m'imagine en un Brad Pitt à disposition, saucissonné dans les fils barbelés dont son papa entoura le pré où enfant elle gardait les vaches, et, cela, avant de me donner à manger aux cochons... les porcs avec les porcs. En somme, y a-t-il des fantasmes pathologiques ? Ou bien, seul un passage à l'acte visant à la destruction de l'autre ou de soi, symbolique ou réel, signe t-il la pathologie ? Par symbolique, j'entends qui relève du jeu, où les morts se relèvent après la bataille, même un peu esquintés.

 

Mais d'abord, tordons le cou à cette idée reçue voulant qu'entre deux partenaires adultes et consentants l'on puisse faire n'importe quoi, et que l'éventuelle pathologie relève alors d'un jugement moral visant à brimer des pratiques, certes anti conformistes, mais d'ordre privé et consenti. Là aussi, la frontière est bien difficile à tracer entre ce qui heurte nos sens, que l'on qualifie alors de déviant, et ce qui de fait relève bien souvent de l'emprise destructrice de l'un sur l'autre. C'est un peu l'histoire des femmes battues qui ne parviennent pas à se délivrer de leur tourment, qui, de plus, finissent par se sentir coupables de ce qu'elles subissent, se construisant peu à peu cette idée qu'elles doivent le mériter et, qu'au fond, l'autre abruti doit bien les aimer pour les punir de la sorte. Et que dire de celles et ceux qui, clairement, doivent expier dans leur corps une faute originelle ? Pensons à cet égard, au hasard, à une société où la culpabilité est érigée en dogme, comme la société catholique, dont les représentants "choisissent" l'abstinence sexuelle, et de se demander alors s'il n'y aurait pas là quelque pathologie sous jacente ? Et toujours cette frontière insaisissable entre ce qui relève d'un consentement éclairé, accordé à un individu ou à un groupe, et l'emprise mortifère par laquelle on est aspiré, grignotant celles de nos défenses trop fragiles qui nous laissent à merci, ou nous permettent de créer du symptôme auquel on s'accroche.

 

En fait, d'évoquer une possible pathologie suppose qu'il y est quelque chose à guérir, quelque chose qui entrave le développement de l'être dans son être, qui ne lui laisse de choix que ceux tendant à la morbidité ; c'est le renoncement d'Eros, c'est-à-dire une amputation mortifère de la subjectivité.  En somme, nous pourrions dire que ce qui relève concrètement de la destruction du vivant, en soi ou en l'autre, est pathologique. Pour autant, là encore, ça résiste, car que veut dire "détruire concrètement le vivant" ? Ainsi, entre deux personnes, nous qualifions la relation d'objectale, ce qui en matière de sexualité prend tout son sens. Il y a donc un sujet, nous même, et un objet, notre partenaire de jeu, auquel nous accordons la faculté de réceptionner notre désir et, par là même, de nous procurer satisfaction. Bien entendu, il y a interaction, l'objet n'est pas neutre, sans quoi il n'existerait pas. Ici, nous n'entrerons pas dans les subtilités que recouvre le concept de relation d'objet, pour l'entendre au sens commun, celui de l'objet en tant que chose. Certes, la psychanalyse nous dit de ne pas faire ce genre de confusion, l'objet psychanalytique concernant la vie fantasmatique du sujet ; ce à quoi je répondrais que la chose aussi concerne la vie fantasmatique du sujet, sans quoi elle n'intègrerait pas notre réalité. Cela pour dire que tôt ou tard, quel que soi la durée où s'étend la relation sexuelle, au moins pour que la jouissance parvienne à son dénouement, nous régressons l'autre au statut de chose ; il n'est plus l'être aimé, dans le meilleur des cas, mais un joli morceau de viande dont les chaudes palpitations sont l'exutoire de notre désir. De cela il n'y a rien de plus normal. Disons que le hors limite que suppose l'orgasme nous amène à nous séparer temporairement de la réalité de l'objet pour rejoindre au réel du fantasme. Je dirais même que d'accepter la réciprocité de ce jeu en est la condition. De sorte que nous restons là dans une logique d'échange fondé sur la confiance, et ce au plus intime. Cela dit, nous voyons qu'au moment où notre partenaire, l'objet élu, devient "sex toy", la chose élue, c'est bien d'avoir refoulé son être, de lui ôter sa substance psychique pour n'en conserver que la chair. Or, je crois qu'il n'est pas abusif de dire que quelque soit la durée où notre fantasme prend corps, si minime soit-elle, qu'il s'agit bien d'une destruction concrète du vivant en l'autre. Mais redisons le bien, il s'agit là d'un jeu, mais d'un jeu en prise directe avec la réalité des amants, ou, plus exactement, où le réel de l'un vient percuter la réalité de l'autre, et que ce choc ne soit jamais anodin. C'est d'ailleurs, je crois, de se protéger du choc en question que l'on peut comprendre le désir de parvenir ensemble à l'orgasme, désir que l'on habille généralement du charmant prétexte d'une rencontre fusionnelle dans la jouissance. Cela permet aussi de "redescendre sur terre" à peu près de concert, de se reglisser l'un l'autre dans du fantasme entendable, regardable, mais, surtout, dans un fantasme tendre où l'on peut se réassurer de la réalité, se réconforter après cette confrontation au réel,  en nous et en l'autre.

 

En fait, ce que l'on entend par "faire l'amour" est l'ensemble de ce processus dont le noyau est le choc, tant désiré que destabilisant, de la rencontre au réel de la jouissance. Cela va donc des préliminaires, la préparation au choc, jusque aux câlins d'après, retourner à la réalité, ce qui n'est pas toujours aisé. Il s'agit par conséquent d'un voyage à deux où l'on parviendra seul au but en détruisant l'autre, mais pour le faire renaître grandi d'avoir été le corps de notre fantasme, tout en renouant, bien sur, à la frustration de cette impossible rencontre  entre réel et réalité. Nous voyons donc bien qu'il s'agit là d'un jeu, convoquant créativité et toute puissance dans un au-delà de la réalité.

 

Jusque là, nous pouvons dire que nous sommes dans le normal, ce qui, au passage, laisse entendre qu'un impossible de la jouissance, qu'il se manifeste sous forme de frigidité ou d'éjaculation précoce, relève du pathologique. Toutefois, notons qu'il faut être au moins deux pour jouer, et que l'éventuelle pathologie n'est pas forcément chez qui l'on puisse de prime abord la supposer. Autrement dit, l'impossible de l'un peut tout à fait être le symptôme de l'autre. Après, reste à savoir de quel autre il s'agit, et pas nécessairement l'autre en présence. Et puis, ne pas parvenir à l'orgasme à chaque fois n'a rien de pathologique en soi, chez l'un comme chez l'autre.

 

Mais revenons à cette frontière supposée entre normal et pathologique. Nous avons vu que de chosifier l'autre par le fantasme est on ne peut plus normal, du moins dans la limite du raisonnable, et que ledit raisonnable l'est un peu moins lorsque la sensualité rejoint l'alcôve. Se pose alors la question de situer cette limite du raisonnable, qui de plus n'est pas la même pour chacun. Autrement dit, y a-t-il des fantasmes pathologiques, hors du raisonnable, des fantasmes qui tendent à une destruction concrète, avec conséquences, mais sans passage à l'acte ? L'un des moyens de se protéger partiellement de cette destruction est donc que chacun vive ensemble son orgasme. Par contre, si l'on ne parvient, ou ne souhaitent conjuguer nos extases, pour quelque raison que ce soi, pathologique ou non, force nous sera de constater que la montée au pinacle de notre partenaire, où nous sommes l'escabeau, est une expérience pour le moins intense. Quel que soit l'agrément, ou non d'ailleurs, que nous procure ladite montée extatique, cela nous renvoie nécessairement, consciemment ou non, à notre statut de chose, de viande pourrait-on dire. Ici, chacun fera le compte de ses expériences, agréables ou non, qu'elles soient de sublimité ou de rejet, nous sommes dans le singulier. Cela étant, le trait commun est que nous nous trouvons en position d'être le corps du fantasme de l'autre, et que si ce fantasme est de destruction, je ne vois pas comment nous pourrions y échapper. Malgré tout, nous restons dans une dynamique de jeu, c'est-à-dire où chacun participe à la création d'un espace intermédiaire, et que c'est en cet endroit qu'aura lieu l'éventuelle destruction. Mais peut-on en sortir indemne à tous les coups, quitter le jeu et reprendre ses billes ? Si dans la majorité des cas nous pouvons répondre oui, on en sort entier, et même d'une relation grandie par ce partage du don de soi, quant bien même ne s'agit-il que d'un prêt, et de la gratitude complice que cela implique, je crois cependant que cette destruction, tout autant concrète que fantasmatique, n'est pas toujours sans conséquences dommageables. De reprendre la métaphore des billes que l'on retrouve après le jeu, celles-ci resterons malgré tout le témoin qui nous parlera de la partie qui s'est déroulée, et qu'elles nous renvoient ainsi au massacre dont nous fumes victime consentante dans le jeu. S'il ne s'agit que de billes, quoi qu'il nous en coûte, on peut toujours s'en débarrasser, les oublier et passer à un autre jeu plus gratifiant, les osselets par exemple, mais l'on ne se débarrasse pas de son corps, où les billes et les osselets forment un tout, et que celui-ci reste le témoin de notre défaite, ce qui en terme d'image de soi n'est pas très bon, et pour le coup destructeur. Partant, je crois que l'on peut qualifier de pathologique le fantasme qui permet d'induire ce sentiment de défaite chez l'autre, de salissure, ou dont c'est le but implicite, alors même qu'il n'y a aucun passage à l'acte, sinon celui d'une étreinte dite normale. Mais il y a plus pernicieux, lorsque la salissure est déjà inscrite en soi, et que l'on délègue à l'autre le pouvoir de la raviver. Là encore, nul passage à l'acte, juste une relation sexuelle soutenue par un  fantasme pathologique qui conduit à sa propre destruction.

 

Là, nous étions à la frontière, où l'on détruit sans vraiment détruire tout en détruisant, où les conséquences, heureuses ou non, après tout il peut être des destructions salutaires, où les conséquences donc, se mesurent dans l'interaction des subjectivités, dans leur cohabitation dirait notre ami le crapaud. Freud prétendait que le névrosé rêve de perversion, mais en soulignant bien l'impossible du passage à l'acte, n'est pas pervers qui veut. Pour autant, lorsque le rêve de l'un coïncide au désir de l'autre, quel que soit la nature des subjectivités en présence, si le produit de cette rencontre peut conduire à une certaine harmonie qu'il ne nous appartient pas de juger dans sa forme, répétons qu'il est aussi des rêves qui peuvent détruire. Quant à l'authentique pervers, il est la figure emblématique de la destructivité mise en acte, où nous distinguerons donc perversité et perversion, cette dernière se situant résolument du coté du pathologique, alors que la perversité, elle, demeure sur la frontière avec le normal, malgré quelques éventuels dérapages.

 

Pour finir, disons que d'associer la sexualité avec le normal et le pathologique est un jeu bien difficile. Ici, nous sommes au cœur même de la vie, où les anges côtoient les démons, dans le partage, le don et la possession, où le réel bouscule la réalité, balayant par là même les notions éminemment symboliques de normal et pathologique... nous sommes dans le vif ! Et si tel ne peut être le cas, probablement, pour le coup, y a-t-il pathologie. De cela, je n'ai pas assez insisté sur la notion de confiance qu'implique le fait d'entrer à deux dans le vif en question, confiance sans laquelle le jeu ne pourra parvenir à son terme, c'est-à-dire d'en oublier les règles. Mais attention, confiance ne veut pas dire aveuglement. Cette confiance s'acquière très tôt dans les processus de maturation chez l'enfant, et s'il y a défaillance, la sexualité risque alors de se contenter, au mieux, d'un bien tristement normal, jusqu'à disparaître. En tel cas, je ne sais pas si la chose est pathologique, mais ce dont je suis sur c'est qu'elle n'est pas normale. Et enfin, de respecter les singularités de chacun, et notamment en matière de sexualité, dans le vif donc, la philosophe et psychanalyste Dominique Bourdin synthétise la normalité chez l'humain en cette juste formule :"la norme, c'est l'écart à la norme", sans quoi, gare à la "normopathie sexuelle", affligeante s'il en est.

 

                                                                                                                                    GG

 

      -  Un livre indispensable et accessible :

      Dominique Bourdin - Les jeux du normal et du pathologique - Armand Colin (Cursus) - Paris 2002


 

Partager cet article

Repost 0
Published by Café-psy
commenter cet article

commentaires

Pascal 28/04/2014 11:27


Bonjour, 


LEs fantasmes sont souvent source d'excitation, donc je ne vois pas pourquoi est ce un pathologie. Pour moi, j'utilise souvent un gros gode afin de parvenir à
l'orgasme http://www.loveandmag.com/2014/02/04/test-gode-vibrant-gros-diametre-ventouse/

Nathan 18/04/2014 08:45


Bonjour, 


Je connais ce moment où votre partenaire vous prend comme un "sextoy". Je peux dire que c'est vraiment un pathologie sexuel qui peut détruire un couple. Je me demande pourquoi à la place, on
n'utilise pas carrement un sextoys, comme http://www.loveandvibes.fr/sextoys-pour-couple/bijoux-intimes.html par exemple. Et puis il permet de renforcer la complicité du couple.