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  • : Café psy
  • : Débats ouverts à tous, chaque 2ème et 4ème mercredi du mois, 20h, "Aux Délices Royales", 43 rue Saint Antoine, Paris 4ème, Mt Bastille ou St Paul
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13 mars 2008 4 13 /03 /mars /2008 18:55
                   De prendre l’histoire à son début, Yves Coppens situe la naissance de l’humanité lorsque notre ancêtre "su qu’il savait". De là, inévitablement, il voulut en savoir plus qu’il ne savait déjà. Partant, de questions en questions, il finit par s’interroger sur lui-même : «Qu’est-ce que je fais là ?» La question pouvant s’entendre aussi bien comme «Quel est le sens de l’acte que je suis en train d’accomplir ?» que «Quel est le sens de ma présence en ce lieu ?» Ici naquirent les sciences humaines, lorsque la question prit une tournure métaphysique. C'est-à-dire, remettre en cause ma présence au monde au-delà d’apparences que de tout temps l’on sut trompeuses, voire dangereuses. C’est ici que s’enracine la psy cause. Pourtant, jusque là, tout allait bien, malgré un petit fond d’angoisse quant à la nature d’un milieu souvent hostile d’où pouvait surgir le danger à chaque instant, justement de derrière les apparences. La décompensation, si l’on peut dire, survint lorsque le fatidique "qui suis-je ?" entra en résonance avec cette évidence que "si mon environnement est truffé de faux- semblants pouvant s’avérer toxiques, et même mortels, que puis-je receler en moi, dissimulé sous ce teint buriné, de dangereux à moi-même ? sans parler des autres, dont je sais ne pas tout percevoir". Nous voyons là le paradoxe du questionnement existentiel, en soi anxiogène alors que son but est précisément de lever l’angoisse. Cette malheureuse tentative d’auto guérison, dont à l’heure actuelle nous ne sommes toujours pas guéris, après divers essais, trouvera son nom en celui de philosophie, ancêtre de psy-chose.
                   Ceci-étant, si l’on veut préciser la question d’origine, trop vague, en extraire les problématiques sous-jacentes par l’apport de nouvelles questions plus fines, mieux ciselées, comprendre pour espérer maîtriser, pénétrer au plus profond le cœur du sujet, il faut pour cela apporter des réponses, moteur de la question. Non pas que l’on put dissiper l’angoisse originelle de la sorte, au mieux pourra t’on la masquer un temps, mais de poursuivre notre illusoire auto-thérapie en creusant le symptôme existentiel en de nouveaux questionnements pour le coup plus profonds. En somme, la réponse n’est pas une fin en soi, puisque la vie est une maladie dont on ne guérit pas, juste nous permet-elle d’élaborer de prochaines questions dont on espère encore. Je passe sur les grossiers égarements mystiques du genre "et Dieu dans tout ça ?" dont la finalité est d’assécher le cours des questions, donc d’un peu de notre humanité, en le faisant disparaître sous la vase des solutions mode d’emploi, pour en arriver à ces réponses nous permettant un sain renouvellement du genre, le concept
                   Ainsi, de questions en réponses, de problématiques en concepts, délaissant le symptôme pour attaquer le mal (de vivre) à sa racine, parvient-on à ce constat d’un truc inconnu, une force nullement divine nous agitant de l’intérieur et, de se demander comment la dompter, chez soi, évidemment, mais aussi chez les autres qui, objectivement, ont une fâcheuse tendance à faire et penser n’importe quoi. Si à l’époque, faute d’un nombre de questions suffisant, n’existait que le mode philosophique pour tenter de mettre en lumière ce trou pulsionnel au cœur de nos âmes par lui agité, c’est de cette volonté d’éclairage que l’on peut situer la véritable naissance de psy-chose, l’éthique, de Spinoza, en étant à mon sens le premier rejeton. Nous voyons donc, de Spinoza à Freud, offrant ses premières lettres de noblesse à psy-chose, que les grandes bases du machin psy furent des objets conceptuels. Or, un "beau" concept est avant tout une production artistique qui, comme toute œuvre d’art, à pour fonction première d’être le réceptacle d’un émoi indicible à qui l’artiste tente de donner corps, et que ce corps résonnât si possible à l’unisson entre notre imaginaire et celui de son créateur. Ainsi, comme le souligne Deleuze, spécialiste du genre, un concept n’a de valeur que signé. C'est-à-dire, qu’on peut de ce petit symbole lire entre les lignes la nécessité créatrice à l’origine de notre propre émoi, de ne pas se saisir de l’objet seulement pour son apparence, car alors il nous échappe, mais aussi de ce qu’il ne peut dire, l’entre les lignes: sa substance. De toute manière, une œuvre d’art est en elle-même un concept. Alors, qu’elle soit peinte, sculptée ou écrite, l’émotion est au delà du symbole, ce qui ne retire en rien du pertinent, ou de l’impertinent à son enveloppe.
                   En situant la psy-cause dans le registre de la création artistique, il convient de nommer ce que la branche psychanalytique de psy-chose a identifié comme le principal moteur de l’artiste: la sublimation, mécanisme de défense psychique dont voici une courte définition: Détournement d’une pulsion sexuelle en direction d’une activité socialement valorisée. Autrement dit, se consoler d’une grosse envie libidineuse irréalisable en investissant un projet désexualisé dont on espère quelque retombée narcissique compensatoire. On comprendra donc aisément qu’il vaut mieux produire du "lourd" pour se remonter le moral. En outre, ce mécanisme s’oppose au refoulement, la pulsion n’étant pas refoulée, mais détournée, évitant ainsi le fâcheux retour conduisant tout droit à la névrose. Ainsi, la psy-cause fut-elle probablement d’éviter une névrose à ses créateurs. D’ailleurs, lorsque l’on dit que Freud n’a jamais soigné personne, c’est faux… s’étant au moins soigné lui-même, preuve que le concept dans son essence est efficace.
                   De revenir au début de l’histoire, nous avons donc la question, "qu’est ce que je fait là ?" Au gré des réponses, la question se complexifiant, arrive la philo qui va considérablement accroître, préciser et diversifier le stock de nos soucis existentiels. Puis, à force de se goinfrer de questions et réponses de plus en plus riches, débordant de concepts, ne les contenant plus, philo-chose explose, donnant naissance, entre autres, disons les plus gros morceaux, à psy-chose et socio-chose. Ceux là, n’attendant pas d’éclater, se scindent à leur tour en diverses entités plus ou moins autonomes. Concernant psy-chose, citons, psychanalyse, béhaviorisme, systémie, évolutionnisme, neuropsy, thérapies diverses et variées, sans parler des ponts avec philo-chose et socio-chose, etc… Quand bien même cette genèse serait un peu élaguée, nous voyons la filiation et l’imbrication des différentes sciences humaines (de moins en moins molles) étant d’une seule et même proche famille. Ainsi, évoquant leur parenté, nous pourrions les comparer au monde animal composé d’espèces justement regroupées en familles. Si l’on prend au hasard l’une de ces familles, les mammifères, signifiant porteur de mamelles, auquel appartient le genre humain, l’éthologie, entre autres, nous montre que l’on ne peut distinguer l’homme de ses cousins allaitant par une  quelconque spécificité, mais par l’assemblage de ces dernières. En somme, le produit fini. De la même manière, il semble difficile d’isoler une des sciences humaines en pointant l’un de ses particularismes, chacune planchant sur le même sujet, bien que d’apparence l’évolution de la pensée les ait séparées. Disons que taraudé d’une même préoccupation, lever l’angoisse existentielle, comprendre l’autre, notre semblable, c’est à dire nous même, notre mamelle est l’auto thérapie. Les différences entre socio, psy et philo sont dans la manière de symboliser la question, de la conceptualiser, et du produit ainsi obtenu, de sa précision aussi. Pourtant, à bien y regarder, toutes disent la même chose, juste le formulent-elles différemment, l’étayant de leurs propres matériaux fait de précédents résultats.
                   De prendre un sujet qui nous intéresse, l’inconscient, nous voyons que bien avant de le nommer, avant même philo-chose, aux temps mythologiques, il était déjà objet de préoccupation. L’âme n’est pas concevable sans sa zone d’ombre, "le coté obscur de la force", ou, pour les bienheureux, de cette étrange lumière en nous qui guide notre raison. En bref, cela fait longtemps que la psy cause est latente. C’est Freud qui nous révélera l’ampleur de la "chose", définissant lui-même sa découverte comme le troisième grand bouleversement auquel fut confronté l’humanité. Le premier choc nous le devons à Copernic, révélant que la terre n’était pas au centre de l’univers, contrairement au nombril de chacun, mais tournait autour du soleil. Le deuxième, c’est à Darwin qu’on le doit, comme quoi, horreur, l’homme serait un animal comme les autres. Enfin, et là c’est Freud qui s’y colle, le moi n’est pas maître chez lui, ce qui d’évidence n’est pas encore bien digéré. De là, malgré quelques résistances, philo-chose et socio-chose l’intégreront à leur pratique, y compris pour en dénoncer un usage devenu routinier à certains. Je pense notamment à Deleuze et Guattari avec l’anti-oedipe. De la même manière psy-chose puisera chez ses consoeurs. Voir par exemple la parenté revendiquée entre Lacan et Spinoza. Cela, pour dire que malgré les apparences, celles derrières lesquelles se cache le danger, en l’occurrence celui de l’égarement, la différence principale entre les différentes sciences humaines réside surtout dans l’usage d’une grille de lecture spécifique permettant de se focaliser sur le pan d’une question commune ayant pour même motivation l’auto- guérison. 
                   Toutefois, parlant de tentative d’auto- guérison du genre humain, il s’agit avant tout de celle (l’auto- guérison) de qui pose la question. Certes, en nous contentant de l’apparence, nous pourrions supposer que de tels efforts de recherche conceptuelle, outre la sublimation, soit simplement le fait, donc, d’une saine curiosité intellectuelle, sans penser  nécessairement que l’auto- thérapie soit l’inspiratrice de qui investigue l’au delà du décor. Pourtant, de s’astreindre à pénétrer l’âme humaine, d’essayer d’en décrypter le fonctionnement, d’aller fouillasser en ses tréfonds, ne peut se faire sans espérer en remonter quelque chose de soi. D’autant que pour descendre au cœur de l’être il n’y a d’autre chemin que celui passant par nos propres entrailles, d’ailleurs pas forcements propres. C’est ainsi qu’il n’est pas besoin de théoriser le sujet pour savoir intuitivement que la condition première pour qui prétend introspecter l’autre est d’y être passé soi même, et pas seulement l’analyste.
                   La   pédagogie nous a montré que l’on ne pouvait intégrer que ce que l’on connaissait déjà. Or, il y a de l’autre en nous, du connu donc, c’est même de cela que nous nous constituons, dans son désir, dans son regard, et c’est de cet autre en nous, et inversement, que nous pouvons communiquer, au delà des mots, entre les lignes, se comprendre en somme. Pour formuler cela différemment, tout ce qui nous vient de l’extérieur est créé en nous, y compris le désir de l’autre. L’irruption du réel n’a de sens que dans la manière dont nous l’interprétons. Nous ne sommes pas une création du monde, c’est le monde qui est notre création. Voila pourquoi la mort ne peut être conçue par nous, parce que nous n’avons pas les moyens de la créer, de la symboliser, étant en elle-même l’abolition de la création, c'est-à-dire notre opposée radicale. Ainsi, ce monde de vie que nous créons gravite t’il bien autour de notre nombril, ou toute autre partie plus saillante de notre anatomie, le soleil n’étant au fond que la boule de notre bilboquet.
                   Mais si d’aucun pense que la question ne relève pas nécessairement dune forme d’auto- thérapie, reprenons l’hypothèse de la saine curiosité intellectuelle, sans qu’il soit besoin de se placer au centre de l’univers, ni de tenter de résoudre une problématique personnelle, ce qui de fait nous repositionnerait au centre de la question. Sauf que là, déjà, ça coince. La curiosité répondant au désir de combler une lacune, un manque, on voit bien qu’il s’agit avant tout de remplir ce creux en nous. Mais peut-on parler d’auto- guérison sans connaître la nature du creux? Lorsque j’ai faim, que j’ai un petit creux, mon désir de nourriture en est l’expression. Pour autant, il semble difficile de dire que je me guéris ainsi à heure fixe trois fois par jour. Pourtant, si je ne mangeais pas je tomberais malade, jusqu’à en mourir. Mon petit creux est donc le symptôme provoqué par cette menace que je sens peser sur moi, c’est l’intrusion du manque. Ainsi, la nature du creux, la curiosité pour ce qui nous occupe, détermine la menace. On peut donc dire que le chercheur, gros curieux s’il en est, est quelqu’un de très menacé. Qu’en est-il alors du chercheur en sciences humaines? et du psy en particulier? Peut-être simplement celui qui identifie au mieux la menace. Mais l’on pourrait aussi imaginer une sorte d’honnêteté viscérale qui pousserait certains à traquer la vérité derrière les faux semblants. Cependant, outre que si l’humain fut doté d’une honnêteté fondamentale n’étant pas stratégie adaptative cela se saurait, on voit qu’il est à nouveau question de résoudre un conflit entre l’être et le dehors. Quant au pur plaisir intellectuel, je ne reviendrais pas sur l’idée que pour qu’il y ait recherche de plaisir il faut un manque, je me contenterais de citer parmi d’autre ce mécanisme de défense psychique, moins noble et moins efficace que la sublimation, qu’est l’intellectualisation. Comme tout mécanisme de défense il répond à cet impérieux besoin de soulager le moi d’une excitation interne déplaisante, voir insupportable, autant dire d’un malaise, d’un mal être dont il faut guérir, survie oblige. Il s’agit en l’occurrence de remiser l’affect douloureux par le recours à la dialectique. Autrement dit, de se protéger de la tempête émotionnelle dans le port des abstractions. En somme, d’oublier ses soucis, ce qui rapproche du refoulement, en surchargeant le neurone de boulot. D’ailleurs, comme le faisait remarquer Freud, "les dangers pulsionnels rendent les hommes intelligents".Ainsi, la question est-elle une réponse au malaise de qui la pose. D’où l’intérêt de se pencher sur les questions qui présidèrent à des concepts nous indiquant la voie à suivre, questions faisant nécessairement écho à une problématique intime qui, cela c’est vu, peut être de l’ordre du dérèglement. Nous savons de quelle façon il est facile de manipuler un sondage d’opinion en ne demandant que ce que l’on souhaite y voir figurer. De se méfier alors de ces œuvres conceptuelles qui ont pour fonction d’être le sondage de l’âme de leur créateur. D’où cette constatation de Winnicott: "La pensée n’est que piège et illusion si l’inconscient n’est pas pris en compte", sans parler de la saine volonté de Dérida à déconstruire… les apparences, évidemment, et de s’interroger de temps à autre quant à une éventuelle paranoïa qui pousserait certains de nos décideurs à nous imposer leur vison du monde comme étant la seule possible, bien qu’élaborer du concept ne soit pas nécessairement leur fort.
                   Derrière la psy cause nous avons donc ces questions: Comment faire avec ce dehors qui m’agite à l’intérieur? Comment négocier avec le réel? et, surtout, comment parvenir au plaisir depuis que je sais la jouissance impossible? C’est ainsi, en affinant la question, en lui ouvrant de nouvelles aires de jeu, sinon de réflexion, que, pour répondre aux exigences interrogatives pulsionnelles de quelques sublimeurs tatillons, l’on symbolisa les questions de manière tellement précise que de nouveaux langages furent créés, c'est-à-dire chargés de leurs propres signifiants. On finit donc par établir des frontières symboliques, de nouveaux noms pour désigner les adeptes de telle ou telle forme de la question, jusqu’à croire nos préoccupations différentes. Mais que se soit psy-chose, philo-chose ou socio-chose, tous se cognent sur ces pans de réel étant que la vie finit toujours mal, que nous sommes chacun au centre d’un univers incomplet que l’on ne peut partager autrement qu’en bribes illusoires, que de cet univers nous ne tirerons jamais la quintessence, c’est l’impossible de la jouissance, et qu’il nous faut de cela négocier, du mieux possible, présent et futur présent, jusqu’à la chute.         
                   Pour continuer d’alimenter la psy cause, toujours dans le genre réel percutant, il y a le regard des autres, énigmatique, grâce auquel, pourtant, nous nous construisons. Miroir troué dont nous devons reconstituer, imaginer, le reflet que nous désirons, ou redoutons d’y voir. De plus, comme si tout cela n’était pas suffisamment déstabilisant, voila le chef de la horde psychanalyse, papa Freud, qui nous explique que nous aussi sommes troués d’inconscient. De là à penser que ce sont nos trous qui s’observent il n’y a qu’un pas, au bord du trou, évidement. Et paf ! la chute, se cognant sur d’autres pans du réel, tentant de nous accrocher aux branches plus ou moins glissantes du symbolique. Du coup, ou de coups en coups, chutant de branche en branche, cherchant des prises, nous créons de nouveaux symboles, de nouveaux mots, de nouveaux langages sur les flans du réel, une forêt symbolique peuplée d’imaginaire.
                   Le piège serait de croire qu’avec philo-chose et socio-chose nous n’évoluons pas, ou plus, dans le même espace, la même forêt. Simplement l’avons-nous étoffée, de questions en concepts, afin de nous préserver à mesure de notre descente commune dans le réel. Puis, l’arbre cachant la forêt, nous ne voyons plus que le bosquet dans lequel nous avons pris nos habitudes. Certes, l’écosystème y est riche, plus que suffisant pour apaiser notre soif d’étude, notre curiosité, notre manque, mais un petit tour sur la canopée, de temps à autre, là où les concepts s’étendent à perte de vue, nous rappelle que les arbres auxquels nous sommes attachés (parfois au propre) se nourrissent d’un système beaucoup plus vaste.
                   Pour conclure, disons que l’efficience particulière de la grille de lecture de psy-chose est d’avoir par ses travaux symbolisé plus précisément le concept d’inconscient, cognitif et/ou freudien, peu importe. D’ailleurs, certains chercheurs, pourvus d’un gros manque, s’attachent à associer les deux. Psy-chose nous a confirmé ce que d’aucun pressentait depuis longtemps, que la pensée émerge de ce trou en nous qui expulse en permanence la matière de notre identité, de notre apparence. Simplement est-il question de ne pas rejeter ce nouveau pan de notre savoir, de notre dorénavant culture, au motif qu’il nous replace dans l’ordre des choses, égratignant à nouveau, après Copernic et Darwin, notre désir de toute puissance, "le complexe de Dieu" comme dirait Jean Luc Berlet. Autrement dit, sortir du seul principe de plaisir pour intégrer celui de réalité, condition après bien des déboires pour qu’advienne un adulte à peu près autonome, une humanité à même de choisir sa destinée. En ce sens, psy-chose n’est pas seulement un outil culturel de compréhension, mais aussi un formidable instrument politique pour combattre tous les obscurantismes. Sa force, ne plus simplement faire parce que la réalité ne convient pas, mais savoir pourquoi on le fait. Déconstruire les idéologies toutes plus ou moins fumeuses qui nous disent ce que l’homme devrait être et de nous reconnaître enfin pour ce que nous sommes.  
 
 
                                                                                                                                    G.G.                      

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Published by Café-psy - dans Archives
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commentaires

Clovis Simard 01/08/2012 13:06


Blog(fermaton.over-blog.com),No-7. -CASINOS-PSYCHOHISTOIRE.  Du hasard ?

Fellion 27/03/2008 20:02

La psycho-nomie

Exlibris20_2 Il est devenu courant d'utiliser des termes qui relèvent de l'économie et de la psychanalyse, surtout quand on cause de toute chose, sauf d'économie ou de psychanalyse? Que l?on abhorre (y gène) ou vénère (à vif) Keynes et Freud, ou même que l?on s?en contrefoute de son premier petit cochon en guise de tirelire, il n?empêche que, aussi bien dans les salons où l?on cause pour ne rien dire que dans notre quotidien le plus élémentaire, le jargon « psycho-nomique » a le vent en poupe, autant que le sexe et l?argent dont il est le porte-parole.

Causser « psycho » ;

« Je suis en pleine parano, j'ai égaré mes chaussettes. Vite les retrouver avant que ça ne vire en névrose obsessionnelle. »

« Tu trouves qu'elle sait prendre soin de son apparence mais qu'elle est un peu têtue ? Je dirais même plus : elle est narcissique et psychorigide ! »

« Tout est psychosomatique, ou sinon dit : ton corps exprime ce que tu as dans la tête. Par exemple, quand tu as mal au ventre, ça veut dire que tu es angoissé, ou que tu as du mal à digérer un problème. Alors ça veut dire aussi qu?on n?a même plus le droit d?avoir la colique ? »

« Je vais te dire la différence qu?il y a entre les trois tendances psychiatriques les plus répandues dans notre bonne société du spectacle? Un égoïste, quand il a froid, croit qu?il est le seul au monde à avoir froid? Un mythomane, quand il a froid, fera croire aux autres qu?il a chaud? Un paranoïaque, quand il a froid, croit qu?il est victime d?un complot de frigoristes? »

« Dans la même journée je peux éprouver de la joie et de la tristesse ; est-ce que ça fait de moi un maniaco-dépressive ? Pas plus que d?être assailli par le doute ou d?être sujet à des envies soudaines ne fait de moi un borderline. Et si je te demande, là tout de suite, de m?embrasser, cela fait-il de moi un hystérique ? Pas plus que de vouloir répondre à ta demande, là tout de suite, ne fait de moi un abandonnique en manque d?affection ou, pire encore, un pervers narcissique en mal de reconnaissance libidineuse. Donc nous sommes normaux. Et on va l?être plus encore lorsque nos deux bouches seront trop affairées pour continuer ce bavardage qui ne sert qu?à nous rassurer. »

« A cause des actes manqués, je n?ose plus faire un geste. A cause des lapsus révélateurs, je n?ose plus parler. A cause de tout ce qui nous trahit inconsciemment, je n?ose plus être moi-même. » « Allons, arrête la Psychose, tu es trop hitchcockien. Il y a aussi les actes réussis. Il y a aussi les lapsus qui ne prêtent pas à conséquence. Et puis tel que tu es, tu dois t?assommer? heu pardon? je voulais dire? »

« Gare aux diagnostics à l?emporte-pièce. Quelqu?un qui a des hallucinations et entend des voix n?est pas systématiquement schizophrène. Surtout s?il s?agit de visions d?amour et de paix et que ce qu?il entend est la voix de la raison. »

Causser « écono »

« Chaque matin je tiens à bien gérer mon p'tit dèj? mon café préparé la veille, qu?il me suffise d?enclencher la cafetière? le pain bien tranché, recouvert ce qu?il faut de beurre? Important, la gestion de la tartine ! »

« Pour mon plan régime et ma balance commerciale, j'ai décidé d'investir dans la salade. »

« Ce que j?aime avoir dans mon assiette fiscale, c?est une bonne sauce financière. »

« Brûler les étapes, ce serait confondre demande effective et taux de pénétration. »

« Notre relation est en déficit depuis qu'elle a désinvesti la chambre. »

« Non non, je ne suis pas exigent au niveau de ma quête d?une associée fémininement correcte. Je veux juste qu?elle présente un bon profil ? dessiné selon les critères à la mode et les normes européennes ? qu?elle se montre compétente et entreprenante en termes de tâches domestiques et surtout, qu?elle soit physiquement opérationnelle et sensuellement compétitive pour un bon rendement sexuel. » « Et l?amour dans tout ça ? » « S?il te plait, évite d?employer des mots obscènes. »

« Après avoir procédé au bilan comptable de notre association maritale, je suis au regret de constater un sérieux déséquilibre budgétaire, étant donné que pendant que je me dépense sans compter pour faire recette, toi tu comptes sur mon pouvoir d?achat pour dépenser au-delà de ton crédit autorisé en fonction du prorata de notre chiffre d?affaires global. » « Hé bien nous tombons d?accord puisque moi aussi je constate et déplore notre triple incompatibilité (d?humeur, d?humour et d?amour), et c?est pourquoi je vais te demander mon solde de tout compte. Oui tu as bien entendu, je vais aller me délocaliser ailleurs. Ah tu ne m?épargnes pas avec ta logique d?expert-comptable, et tes petites manies de trésorier du fisc pas si sain d?esprit ont même fini par provoquer une déflation de mes ressources humaines? Oh non ce n?est pas moi qui dans l?histoire serait la perdante, car en plus de ça, monsieur le radin bande à l?économie ! »

Causser « psychono »

« Je crois bien que j'ai fait un transfert oedipien sur la boulangère ; j?ai envie qu?elle me materne, qu?elle me mène tendrement à la baguette. » « Flûte alors, dis plutôt que tu as flashé sur ses bonnes miches et que tu voudrais bien opérer un transfert de fonds sur ses formes. Ah il a bon dos ton drôle de dipe, mais moi je n?ai pas envie de miser un seul dividende sur ce type, il est trop complexe. Et puis c?est pas parce qu?il a couché avec sa mère sans le savoir que ça l?excuse. Ah elle a bon dos l?inconscience? »

« Incroyable cher docteur : dans mon rêve j?étais très pauvre et pourtant je me sentais heureux quand même. Qu?est-ce que ça peut donc vouloir dire, ce foutu business ? » « Déjà ça connoterait un détour du refoulé sous forme de désir caché, ou autrement dit : vous ?rêvez? de vous délivrer du cercle vicieux dans lequel vous ne pouvez que tourner en rond vicieusement, puisque c?est d?être avare en sentiments qui alimente votre névrose d?échec. Et ça veut dire aussi, plus simplement, que vous prenez enfin conscience du fait qu?il n?y a pas que l?argent dans la vie? Sur ce, la séance est terminée, ?cher? patient. Ça vous fera 100 euros. »

« Après l?échec du communisme dans notre couple, la mise en commun de la trousse de mariage et la mise en sourdine de l?offre et de la demande s?étant avérées plus contraignantes que ne le stipulaient Marx et sa s?ur Angèle, nous avons donc opté, Capucine et moi, pour une politique plus libérale, fondée notamment sur la libre administration matrimoniale et le libre échange avec nos contemporains. » « Et ça fonctionne ? » « Disons que c?est profitable sur deux points précis et non des moindres. D?une, ça me permet de ne plus culpabiliser quand me prend l?envie d?aller voir ailleurs. De deux, nous y avons sans doute gagné en qualité puisque maintenant je fais tout mon possible pour satisfaire ma partenaire? afin que lui passe l?envie d?aller voir ailleurs. »

« Je dois avoir un contentieux avec ma libido : j?ai le désir en berne. » « Hé bien moi depuis que j?ai un compte en Suisse, j?aurais plutôt le désir à Berne. »